C’est l’histoire d’une fille…

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Moi Je

Goethe à Eckermann, 30 mars 1837 :« Un fait de notre vie ne vaut pas dans la mesure où il est vrai, mais dans la mesure où il a quelque chose à signifier »

Hannah Arendt :« Les hommes qui ne pensent pas sont comme des somnambules »

Emmanuel Lévinas :« L’identité de l’individu ne consiste pas à se laisser identifier du dehors par l’index qui le désigne ».

(sans prétention aucune 😉


C’est l’histoire d’une fille qui, un beau jour ou presque, s’est réveillée d’un long sommeil.

Plutôt jolie, sensible à son apparence et au regard que les autres peuvent lui porter, la tête pas trop mal faite, jouant le jeu de l’intégration sociale à tous points de vue, un peu emmerdée par sa soif de consommer alors qu’elle aspire quand même à moins de superficialité et à plus d’éthique, c’est une jeune femme qui s’émeut devant les inégalités et la misère du monde, qui défend ses valeurs, s’insurge contre le désastre écologique,  descend parfois dans la rue pour protester mais s’accommode pour le reste d’un bulletin déposé dans les urnes à chaque échéance électorale. Cette jeune femme, parisienne et à l’orée de la trentaine, ce cliché, c’est moi. C’était moi, avant.

Je ne le ressentais pas comme ça, bien sûr, parce que j’essayais de batailler contre mon côté minette pour mieux développer ma face intello, que j’espérais ne pas être trop dupe de moi-même en déployant mes antennes critiques.

Dans les différents milieux que je traverse, parmi mes groupes d’amis très hétérogènes, je me suis toujours sentie un peu en porte-à-faux. Pas assez insouciante, geek, branchée, fun, droguée dans les milieux qui gravitent autour des médias (boîtes de prod, publicité, DA, graphistes), parfois même trop prise de tête (« arrête de réfléchir ! » _ LOL)  ; pas suffisamment dans l’ascétisme intellectuel auprès de mes amis universitaires (combien de fois vous ai-je entendu vous vanter de ne pas avoir pris de vacances depuis trois ans ? quid de l’ébriété ? pourquoi me regardez-vous comme une extra-terrestre parce qu’il m’arrive encore d’aller danser en « boîte-de-nuit » ?!) ; intello et branchée pour le troisième tiers, vous mes amis les cadres supérieurs qui, depuis quelques années que vous êtes installés et CDIsés, mettez enfin à réalisation vos rêves d’adulte dans le triplé achat d’appartement-enfant-vacances au soleil. Je vous aime comme vous êtes, je vous écoute, je vous soutiens dans vos projets. J’essaie aussi de faire face à votre incompréhension grandissante par rapport à celle que je deviens.

Bref, je naviguais à vue.

Un beau jour ou presque, parce que mes rouages internes se sont grippés, je me suis réveillée de ma torpeur : j’avais persévéré vaille que vaille dans l’idée de ce que devait être l’entrée dans l’âge adulte, mais je n’y arrivais plus. Je ne comprenais pas comment j’avais été si longtemps somnambule.

En l’espace d’une année, en lisant, en discutant, en observant, j’ai commencé à découvrir qu’une autre façon d’être au monde était possible. Et à ne plus avoir peur de m’engager dans cet inconnu. Maintenant, je sais que je ne suis plus tout à fait seule. J’essaie de rester ouverte à ce qui arrive même si je n’arrive pas toujours à relier les choses entre elles, que je me sens souvent écartelée entre des aspirations contradictoires.

Le blog que je commence aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celui que j’avais imaginé avant l’été. Je l’inaugure, sur un coup de tête, comme souvent, parce que je me doute bien que, au fond, les questionnements qui m’animent (au premier rang desquels : qu’est-ce qu’une vie bonne ?) sont partagés par d’autres que moi. S’il m’est parfois difficile d’en discuter avec certains proches, j’espère qu’ici, dans cet espace un peu étrange du virtuel, vous serez là pour me répondre, partager vos réflexions ou vos humeurs, et vos conseils de navigation.

Pour une inconditionnelle de Desproges, ce premier post est bien sérieux, peut-être même nostalgique de tant d’années d’insouciance, c’est l’humeur du jour qui le veut.

Merci à Renardeau et à Géraldine Dormoy, pourtant si radicalement différents l’un(e) de l’autre, de m’avoir donné envie de me lancer dans l’aventure ! Ce post vous est dédié.

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11 Comments

  1. ouais says

    Desproges , Martin, Prévost… ils étaient tous de droite. Comme quoi l humour, la poésie, les minutes cyclopédriques peuvent être juste du commerce sordide.

    Une bonne vie, c est juste, s accepter. Et ne pas écouter les intellos, c est aller à la source, la post source et entrevoir SON ou NOTRE futur.

    Un intello n est qu un petit commercial foireux qui possède un réseau suffisant qui lui permet de vendre sa pensée pas vraiment meilleure qu une autre. Un dictateur de concepts quoi.

    Sinon c est cool de faire un blog! En espérant que vous aurez de vrais commentateurs bientôt.

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    • Tiens, vous ici!
      Je reconnais bien le « timbre » d’écriture dans vos quelques lignes de commentaire. Le premier!!!
      Contrairement à vous, je n’ai pas d’idée si arrêtée sur « l’intello ». Pour moi, un intello est simplement quelqu’un qui pense, qui fait l’effort de s’interroger sur le monde contemporain comme sur sa relation aux autres, qui cherche à ne pas tomber dans le travers des opinions faciles , peu importe la raison qui le pousse à une telle réflexion (goût, éducation, conscience morale ou politique).
      Je comprends donc assez mal la hargne que vous portez à cette figure fantasmée, d’un commentaire à un autre.
      Bonne soirée

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  2. ouais says

    Il n y a pas de hargne et j ai mes intellos préférés que je n’aime pas parce que la mauvaise foi c est important. Ouais à la mauvaise foi bordel!!!
    Mais je les regarde du plus loin possible en recul, car leur vie repose sur le commerce des concepts et idées. Et le commerce c est louche.

    Sans compter que s interroger sur le monde ou l art ou tout ce qu on veut est avant tout une démarche personnelle, allez chercher chez d autres questions seraient plus dans ma démarche que d obtenir des réponses . Quant à mon ton provocateur il l est!

    C est pourquoi je vous souhaitais d avoir de vrais commentateurs.

    Bon blog!

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  3. Entièrement d’accord avec vous sur la mauvaise foi!
    Haha… j’aime vos confessions. Godard excepté (parce que je le connais mal), je crois que nous avons quelques affinités!
    J’y reviendrai dans un prochain billet, moins directement sans doute, mais je me demande ce que les situs auraient fait à l’ère du blog. ça me travaille.
    vous me souhaitez de « vrais commentateurs ». jusqu’ici, vous demeurez le bienvenu!

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  4. ouais says

    Rien que pour One + one (je précise que je ne suis pas fan des Stones) j aime bien ce bon vieux Godard.

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  5. Ça y est, tu as sauté le pas, bravo ! Que de questionnements… Je me sens assez éloignée de ces interrogations, mais c’est drôle d’y réfléchir. Professionnellement, je navigue entre un monde perçu à tort ou à raison comme superficiel (celui de la mode) et un autre qui se prend souvent au sérieux (les journalistes d’info géné). Plus jeune, cette instabilité m’aurait gênée. Aujourd’hui, je m’en amuse. Les deux prêtent à rire, à des moments différents. Le plus important, c’est d’apprendre à se connaître. Et la bonne nouvelle, c’est qu’un blog peut grandement y aider 🙂 Longue vie au tien.

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    • C’est adorable d’avoir commenté, ça me touche beaucoup! MERCI à toi, tu sais ce que cette initiative te doit.
      depuis que je me suis lancée, je suis assaillie par des montagnes de doutes! ce sera le sujet d’un prochain billet. J’espère juste que je vais réussir à rester concentrée sur ce que je dois faire (et écrire patiemment) hors blog. Donc mes débuts seront… timides.

      Je comprends bien les clichés sur les milieux. C’est aussi la raison pour laquelle je m’aventure dans ce blog à tâtons (j’ai attendu ce soir pour en parler à la première personne de mon entourage, mon meilleur ami, en lui demandant de rester discret et sans lui communiquer le lien. j’ai eu tous ses encouragements, c’est déjà ça!). c’est dire que bloguer ne va pas de soi! je commence donc ce blog sans l’apport de ma communauté IRL. et je me demande bien où tout cela me mènera!
      PS : ça veut sans doute dire beaucoup, mais avant même de voir quels étaient les deux nouveaux commentaires que j’avais reçus ce soir, j’ai répondu sur ton blog. seulement après, j’ai découvert avec grand plaisir que tu avais commenté. merci bis!

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