La beauté (1)_Les paysages de Pascal Cribier

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Espèces d'espaces

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Je m’apprêtais à vous parler d’une pièce de théâtre formidable – ca ira (1). fin de louis de Joël Pommerat, qui se joue actuellement au Théâtre des Amandiers de Nanterre, j’y reviendrai – quand en jetant un oeil distrait sur le site du Monde j’ai appris que Pascal Cribier était mort.

Pascal Cribier était et demeurera un immense jardinier (ou paysagiste, peu importe).

Ayant des notions de jardinage quasi nulles, je ne suis absolument pas qualifiée pour en parler alors je me contenterai d’évoquer quelques souvenirs. Et je serai brève.

Je me souviens de l’intervention de Pascal Cribier dans un amphithéâtre d’une école parisienne où j’ai étudié quelques années. J’aimerais mettre la main sur les notes que j’ai prises alors, retrouver ses mots et j’ai beau fouiller dans ma mémoire, peu de choses me reviennent, quand les images, elles, restent gravées. Je me souviens de notre enthousiasme en sortant, de la difficulté à exprimer ce qui nous avait touché, de parler de la beauté qui nous avait été révélée. Ce n’est que le deuxième billet de ce blog et je me rends compte que je suis, encore, sur le terrain glissant de l’émotion.

Ce soir, je prends conscience que si aujourd’hui j’avance masquée, sous le doux pseudonyme d’Aubépine, c’est à cette « rencontre » que je dois cette « prise de nom ». Quand cet été j’ai songé à commencer ce blog, dans le « à propos » que j’avais esquissé, je revenais sur ce pseudonyme (j’essaie une fois de plus de retrouver mes notes de juillet mais je n’ai aucun souvenir du carnet dans lequel je les ai griffonnées). Je disais de l’aubépine que j’en aimais la floraison blanche, épineuse et généreuse, des printemps épanouis. Ses massifs sauvages qui buissonnent sur les sentiers.  Que j’aurais aimé savoir écrire les arbres, les fleurs, les oiseaux, mais que j’étais incapable de dépecer tant de mystère. Que faute de mieux, j’en étais limitée à parler de ce qui m’animait au quotidien, des choses lues, vues, entendues. La description n’est pas mon fort. J’ai beau faire l’effort d’apprendre le langage du botaniste, la nature m’émerveille mais me rend muette (j’avais Proust comme béquille parce qu’il  a consacré des pages magnifiques à l’aubépine, je les ai consignées dans ce même carnet que je ne retrouve pas).

Après certaines rencontres, on n’est plus tout à fait le même. Pascal Cribier a été un de ces « passeurs » vers la beauté du monde (tellement je suis intrépide que je prends le risque de l’expression connoté « grosse cruche ». Je l’assume pourtant.)

Pascal-Cribier-jardin-normandie-brume

Comme souvent, il faut du temps pour que la rencontre fasse son effet.

Pas tant de temps que ça d’ailleurs. Me délester de l’idée que les jardins étaient le pré carré de mes tantes et cousines de province a été chose aisée. L’été suivant, j’ai commencé à interroger mes parents sur ces paysages, si longtemps restés sans nom à force de les arpenter. Je voulais tout connaître des arbres, j’ai fait mes herbiers. Je leur ai demandé de m’emmener au Donjon de Vez, ce jardin de Pascal Cribier de la Vallée de l’Automne, où l’art contemporain fraie avec la « nature ».

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La vallée de l’Automne (non pas de la saison, mais de la rivière qui y coule) est dans l’Oise, en bordure de l’Aisne, à moins d’une heure de route de Paris.  Dans un autre billet peut-être, je reviendrai sur ces lieux de l’enfance (pas le donjon mais les plaines et les plateaux du Soissonnais). Année après année, au fil des saisons, je suis retournée au Donjon de Vez pour parcourir le jardin créé par Pascal Cribier.

D’un jardin à l’autre, infidèle à Cribier, j’ai découvert des sites et des hôtes incroyables (je pense notamment à cet exquis monsieur, ancien danseur de la compagnie de Merce Cunningham, auteur , entre autres, des jardins du Palais Royal, mes préférés à Paris, dont la retraite en banlieue parisienne est un « havre de paix »).

Cribier-montana-ranch-cense-dillon  Si vous avez 65€ à dépenser ou une bonne bibliothèque de quartier et que vous êtes un peu frustrés par les rares visuels qui circulent sur internet, je vous recommande ce livre, que j’ai souvent feuilleté à défaut de l’avoir acheté. D’ailleurs, si vous êtes Parisiens, n’hésitez pas à faire un détour par la « librairie des jardins » à l’entrée des Tuileries (redessinées par Cribier et Louis Benech, en harmonie avec les perspectives de Le Nôtre), côté Concorde. En flânant entre ses rayonnages, je note à chaque passage les endroits que j’aimerais découvrir.

Ce soir, dans ce court billet impromptu, j’avais simplement envie d’évoquer ce visage entraperçu il y a bientôt dix ans. Cribier a dégagé un horizon que je ne soupçonnais qu’à peine et que, grâce à lui, j’explore pas à pas.

Pour une raison que j’ignore (par quel biais? comment?), vous êtes plusieurs à être passés par ici depuis quelques jours (et même avant). Je ne sais rien de vous, sauf que vous venez de France, bien sûr, mais aussi du Brésil, du Danemark (à moins que vous ne soyez des robots géolocalisés).

N’hésitez pas à parler de vos paysages d’ici ou d’ailleurs.

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11 Comments

  1. ouais says

    « Ayant des notions de jardinage quasi nulles, je ne suis absolument pas qualifiée pour en parler  »

    Si si! Comme tout le monde!

    Un jardin est un peu une oeuvre architecturale et picturale, que l on peut observer du dehors ou du dedans, de l espace ou dans le monde à l interieur du monde de la plante. Et toute oeuvre renvoie à NOUS (et pas à la vision d un intello à la con hein!:p)

    Au fond un jardin est une oeuvre que l on peut vivre réellement sans qu un con vienne nous dire de ne pas sentir ou toucher!

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  2. ouais says

    « Ayant des notions de jardinage quasi nulles, je ne suis absolument pas qualifiée pour en parler  »

    Si si! Comme tout le monde!

    Un jardin ou un espace aménagé est un peu une oeuvre architecturale et picturale, que l on peut observer du dehors ou du dedans, de l espace ou dans le monde à l interieur du monde de la plante. Et toute oeuvre renvoie à NOUS (et pas à la vision d un intello à la con hein!:p)

    Au fond un jardin ou un espace vegetalement et mineralement aménagé, installé est une oeuvre que l on peut vivre réellement sans qu un con vienne nous dire de ne pas sentir ou toucher! Bien au contraire, elle nous ramène au présent en permanence pour mieux partir dans l abstraction, le rêve méditatif, la structuration … bref ….

    L intello moyen devrait s oublier un peu dans les jardins ça ferait des vacances aux pauvres incultes « de tout » comme moi!

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  3. ouais says

    Bizarre il manque une partie de mon commentaire. K ai dû l envoyer incomplet.

    Après la hargne destabilisante vous voilà rêveuse. C est bien la preuve que la provoque garde les gens en éveil.

    Vive la provoque, au fo d les gens la fuit mais ça leur évite bien souvent d être trompés ou agressés.

    La beauté, un bien grand mot trop souvent réservé à l esthétique et au charme.

    La complexité et l incomprehensible peuvent être tellement beau si on s y plonge. Comme l intérieur du monde d une plante. ( j aurais pu remplacer « plante » par plein de « trucs » mais je voulais rester dans le sujet!

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  4. Comme je suis d’accord avec vous sur l’expérience du jardin comme oeuvre multisensorielle, je me suis contentée de relever ce qui me laissait rêveuse (c’est très bien de rêver)…

    Encore d’accord avec vous sur le dévoiement de la notion de beauté (même si j’avoue employer le terme de façon souvent abusive).

    Quant à la provocation, je n’ai pas l’impression que les gens la fuient, au contraire (rapport au succès médiatique des professionnels de la polémique ou à la recherche de la « punchline »). C’est pour cela que je suis méfiante envers la provoc, particulièrement sur les réseaux sociaux. Provoquer est aussi une facilité, qui empêche d’aller dans la nuance, donc dans la complexité. Provoquer c’est braquer l’autre et couper court au dialogue (ou, du moins, favoriser un échange par répliques autistes)

    Merci d’avoir fait l’effort de rester dans la thématique de la chlorophylle!

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  5. Je ne connaissais pas Cribier et je n’ai pas 65 euros à mettre dans son livre, mais je visiterai la librairie dont tu parles la prochaine fois que je serai aux Tuileries. C’est drôle, je n’ai pas de souvenir d’émotion particulière provoquée dans un jardin, mais l’odeur du buis me fait chavirer.

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    • Je sais que tu aimes bien aller aux Tuileries avec Gustave. Cette librairie est vraiment chouette, je suis sûre que tu y feras de jolies découvertes. En plus, il y a un rayon pour enfants 😉
      C’est amusant ce que tu dis du buis. j’en aime beaucoup l’odeur mais je suis moins fan de l’allure de l’arbuste (peut-être parce qu’il est souvent taillé en topiaire).

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  6. Cécile says

    Oulalala mais ce livre a l’air magique ! Et cette mise en page !! ❤ Merci pour la découverte et bonne continuation !

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