Ceci n’est pas un tumblr

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Espèces d'espaces / Non classé

Le nouveau venu sur ces pages remarquera qu’il y manque un « à propos » qui pourrait enrober d’un voile de cohérence mes divagations bloguesques. Peut-être passera-t-il son chemin dans la foulée, ça serait dommage mais mérité. C’est moins par paresse que par indécision que je ne me suis pas encore résolue à écrire ce foutu texte.  Comme je l’évoquais dans le tout premier billet (celui où j’essaie tant bien que mal d’expliquer pourquoi je débarque en ces lieux), j’ai longtemps couvé un projet de blog bien plus carré et plus identifiable quant à son contenu que celui-ci. On s’en fiche un peu de savoir ce que je voulais faire parce que je ne l’ai pas fait et que, sans doute, je ne le ferai pas. Tout ça pour dire que le jour où, bille en tête, je me suis jetée à l’eau, bizarrement, j’ai lâché ma première idée, celle qui mûrissait depuis un moment. J’y suis donc allée à l’instinct, je n’ai pas vraiment cogité à la tenue qu’allait avoir ce blog, à son contenu encore moins.

Du contenu, parlons-en justement. Si les idées de billets se présentent en fonction de l’humeur du jour, le fil rouge qui les relie les unes aux autres est si ténu qu’il en devient invisible. Prenons l’exemple suivant: j’avais prévu de vous faire part de quelques laborieuses réflexions sur la COP21, dans un raccord parfait avec l’actualité. Ce texte viendra mais entre-temps, il s’est fait doubler par le billet ici présent que j’ai choisi de consacrer à:

PAUL SCHNEIDER-ESLEBEN...

pse,-Signet,-Neonobjekt,-CSE.1980

Paul Schneider-Esleben aka PSE signe néon, 1980s.

Vous ne le connaissez pas ? Comment ça, vous ne connaissez pas Paul Schneider-Esleben?!!  C’est pas bien grave, en fait c’est tout à fait normal (en tout cas, s’il y a bien une chose dont je suis sûre, c’est que je sais dénicher des sujets hyper sexy).

Pour la faire bref, l’un des projets de cet architecte m’intéresse particulièrement (saurez-vous deviner duquel il s’agit ?). J’étais donc en train de plancher dessus ce matin lorsque, en faisant une petite pause « google images », je suis entrée dans une frénésie telle, que j’ai pensé qu’il fallait absolument que je partage quelques images de ses réalisations avec vous.

Il y a six mois encore, trouver des images des constructions de PSE, son petit sobriquet, relevait de la gageure.  Architecte allemand, Paul Schneider-Esleben (1915-2005) a connu le succès pour ses bâtiments de la fin des années 1950-milieu des années 1960, principalement construits en Allemagne de l’Ouest et à Düsseldorf, avant de tomber dans un oubli quasi-total.  Or, cet été, à l’occasion du centième anniversaire de sa naissance, une exposition rétrospective a été organisée en Allemagne, à Munich puis à Düsseldorf, bien relayée par les médias. Depuis, les photographies d’époque en noir et blanc fleurissent sur le web pour mon plus grand plaisir. J’en ai glanées quelques unes d’un tumblr à l’autre, que je vous présente à mon tour, du moins si vous n’avez pas encore fui.

Flughafen-Koeln-Bonn1970_Koeln-Bonn-Airport

Paul Schneider-Esleben, Aéroport Konrad Adenauer, entre Cologne et Bonn, 1962-1971

A la vue de ce m-a-g-n-i-f-i-q-u-e aéroport semi-fortifié sorti de nulle part sur sa dalle de béton, auquel se greffent deux terminaux étoilés dans une ambiance « star wars » tout à fait dans le goût l’époque, aéroport desservi par un imposant réseau routier parfaitement tracé, je vous devine ébaubis par tant de majesté. A moins que vous ne vous gaussiez de mes contradictions. Ben oui, un jour j’ai envie de vous parler d’écologie, de climat, d’anthropocène, de champs de trèfles et de serpolets ; le lendemain je me pâme d’admiration devant une architecture prédatrice de son environnement, toute en béton et en brutalité, moins HQE (haute qualité environnementale) tu meurs.

Et bien, des contradictions comme celle-là, figurez-vous que j’en ai plein les valises.

Jean Renaudie Ivry sur Seine

Jean Renaudie et Renée Gailhoustet, le Centre Jeanne-Hachette d’Ivry-sur-Seine, 1969-1975

Je ne voudrais pas aggraver mon cas mais il s’avère qu’en vraie snobinarde, j’aime beaucoup l’architecture brutaliste. Comme vous vous en doutez, ce n’est pas l’architecture la plus consensuelle qui soit. Elle n’a pas souvent récolté les suffrages de ceux-là même qui l’habitaient. Puisqu’il va sans dire que je n’y ai jamais vécu, je suis d’emblée exemptée de toute objectivité. (Si raté il y a, celui-ci relève plus, à mon sens, de politiques urbaines défaillantes et de négligence dans l’entretien de ces bâtiments, même s’ils bénéficient aujourd’hui d’un regain d’intérêt et de mesures de protection du patrimoine).

En fait, pour tout vous avouer, mon rêve serait de passer un long weekend à la Grande Motteblog-grande-motte-894

Back to Germany.

Schneider-Esleben a oeuvré pour les grands cartels de l’industrie minière de la Ruhr ainsi que pour des banques, ce qui ne manquera pas de vous le rendre encore plus sympathique. L’architecture qu’il produit est typiquement moderniste par ses volumes et par sa conception : elle clame son efficacité, sa rationalité, sa fonctionnalité, sa haute technicité, dans la lignée de la tradition moderne d’un Mies Van der Rohe, par exemple. A l’époque, cette architecture rencontre le soutien de grands groupes industriels soucieux d’affirmer haut et fort les valeurs de leur entreprise et de se racheter une légitimité en développant une communication tournée vers l’innovation (comme vous le savez peut-être, le personnel des administrations et des grands groupes en Allemagne est resté quasi inchangé après la deuxième guerre mondiale malgré sa compromission avec le régime nazi).

Commençons d’abord par l’un des premiers bâtiments publics de PSE, le Garage Haniel qu’il réalise à Düsseldorf entre 1951 et 1953 et qui  a largement contribué à sa renommée naissante. Un parking associé à un motel, c’est alors le nec-plus-ultra alors dans l’Allemagne dite du « miracle économique », qui sort enfin du marasmes des années noires.

 

Avec la Tour Mannesmann, 1954-1958, à Düsseldorf toujours, Paul Schneider-Esleben est l’auteur du premier gratte-ciel (une petite vingtaine d’étages) d’Allemagne réalisé avec ue ossature en acier-béton (en acier Mannesmann) et une façade de verre :

 

Je fais comme ci vous étiez toujours là, on sait jamais dès fois qu’y aurait des amateurs. Et voici la Rolanschule!! Düsseldorf toujours, 1957-1961. Pour le lectorat non germanophone, il s’agit d’une école primaire :

PSE, RolandSchule_1

Avec des oeuvres d’art dedans, s’il-vous-plaît :

PSE a aussi réalisé le siège social de la Kommerzbank (1959-1962), à Düsseldorf encore et toujours :

 

Les bureaux de la Caisse d’épargne à Wuppertal (1969-1973) :

PSE, Caisse d'épargne Wuppertal, 1969-1973_1

Quelques habitations (le complexe immobilier ARAG du nom du groupe d’assurances allemand), à Düsseldorf, 1963-1967…. mais détruites dans les années 1990 :

Ou  bien la Maison Zindler, 1965-1966, dont les murs sont aujourd’hui recouverts de lierre et de glycine :

Sans compter l’immeuble à terrasses de la Tersteegentrasse, n°61-63, Düsseldorf:

PSE, Terrasse, Tersteegenstrasse 61-63, Düsseldorf1

Des bâtiments religieux, qu’il s’agisse de la Rochuskirche, Düsseldorf (1954-1955) ou de bâtiments d’études pour les jésuites de Nymphenburg (1961-1965) :

 

Et enfin, le fameux aéroport Konrad Adenauer de Cologne-Bonn, 1962-1971 :

En prime, parce que c’est bientôt Noël, des bijoux, dont cette jolie broche qui me fait de l’oeil :

 

On ne va pas se mentir, cher lecteur, certains bâtiments n’ont pas bien vieilli. Aussi préfère-je rester sur ces images lumineuses d’une époque où la croissance n’était que promesse de paix & bonheur :

Bungalow Bill 1965

Photo: Josef Heinrich Darchinger, Nordweststadt Frankfurt am Main, 01.07.1965.

Pour conclure, saviez-vous que le groupe de musique Kraftwerk avait été fondé par Florian Schneider-Esleben (oui oui, le fils de son père) et Rolf Hütter à Düsseldorf, en 1970? J’ai pas fait psycho, mais ça sent à plein nez la révolte générationnelle contre papa et sa clientèle de nababs.

Bon weekend!

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19 Comments

  1. ouais says

    Je ne jouais pas la victime, juste que je suis chieur je le sais.

    Un bel édifice sur maquette fonctionne rarement dans une réalité. C est le drame de la ville moderne, chaque architecte pose son caca sans penser la ville et ses habitants.

    Je répondrai par ceci :
    http://www.topito.com/top-photos-de-paris-2050-vincent-callebaut-tout-est-vert

    Et à cette réponse architecturale et sociale que j aime bien dans le pricipe et l esthétique, je répondrai par « les monades urbaines » de Robert Silverberg.

    On doit tendre vers des utopies, ça c est l humain dans toute son i telligence, encore faut il être prêt. Le communisme était une belle utopie, résultat, Staline en a fait une dictature quant aux adorateurs de Jésus le 1er héros communiste terrestre un peu connu de l histoire de la littérature, il est devenu l idole de la droite réactionnaire commerciale qui vomit le communisme. Enfin par communisme j entends LE PARTAGE.

    Bordel de chiottes à fusion sociale par mélange de caca, pensons de nouvelles villes, des petites, avec des gens prêts mentalement à essayer un nouveau modèle de vie et inventons de nouveaux Paris eaux et basés sur l égalité.

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  2. merci pour votre commentaire et votre assiduité!!!

    pour le coup, le projet de vincent callebaut représente tout ce que je déteste!
    je n’ai pas creusé davantage son projet mais j’y vois des tours vertes, de l’high tech green qui s’illustre à l’échelle de la ville mais n’en tient pas compte pour autant. je ne comprends pas qu’en 2015 on puisse penser l’urbanisme de manière aussi autoritaire et mégalo!!. ce n’est que que la variante à prétention écolo (et encore, juste parce qu’il y a du vert pétant sur les simulations) du Plan Voisin du Corbu. Et comme le goût est ce qu’il y a de moins partageable, c’est une esthétique que je n’aime pas du tout pour ma part..

    pour la suite de ce que vous écrivez, je suis plus hésitante. Ce sont les mots qui m’effraient. l’utopie au sens de penser ce qui pourrait advenir de radicalement différent, oui mais l’utopie d’idéaux en boîte, c’est effectivement l’autoroute vers le totalitarisme.
    « l’humain dans toute son intelligence » : qui est-il? on ne peut pas construire à partir de ce type idéal de l’homme au risque de vouloir le construire de toutes pièces. totalitarisme encore. l’idée communiste ou « l’hypothèse communiste » comme dit l’autre, vierge des échecs des expériences historiques, je n’y crois pas. mais je crois au partage alors autant parler de partage.

    en revanche, le « pti jésus », hihi… jésus n’est pas le christianisme qui n’est pas le catholicisme qui lui-même ne se réduit pas aux intégristes de saint-nicolas-du-chardonnet, de civitas ou de certaines paroisses de versailles et d’ailleurs. il y a encore un catholicisme social et des cathos qui s’engagent, pas seulement pour défendre un modèle traditionaliste de la famille. je vais peut-être vous surprendre mais le journal « La Croix » me semble l’un des rares quotidiens à continuer à tirer son épingle du jeu.

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  3. ouais says

    Et bien justement si j ai cité « les monades urbaines » et parlé du communisme et que je précisais « qu il faut être prêt  » c est bien que même si je trouve ces utopies à la base intelligentes elles n en sont pas moins dangereuses parce que l humain n est pas prêt et trop souvent pein de vice pour les détourner .

    En ce qui concerne le projet de Paris50 ça n est pas du tout qu un projet esthétique mais bien écologique d un point de vue des énergies et d une conception qui évite au maximum tout transport.

    Cependant en effet, travailler sur Paris et deux fois stupides pour de multiples raisons : oui c est mégalo, d autre part les Parisiens du centre tiennent à rester les rois de la culture parisienne sans qu on leur colle des plantes vertes et pleins d habitants au dessus de leur tête et ….

    Concvoir de nouvelles petites villes serait intéressant en revanche. Car le centre du projet c est de cultiver et vendre dans l immeuble. Mais c est là que je dis attention même dans un même immeuble on peut recréer l exclusion et l inégalité. Cf une fois de plus les monades urbaines.

    Cela dit je trouve intéressante l idée de développer une ville verte dotée de batiments dans lesquels toutes les classes sociales cohabitent et travaillent.

    Et les parisiens et habitants de tout centre ville devraient penser que vivre son confort heureux pendant que d autres se sentent exclus dans leur zone c est aussi une forme de violence dictatoriale.

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    • Je n’ai rien contre les tours dans Paris (peut-être pas au coeur de paris quand même!) surtout si elles répondent à des programmes mixtes, qu’elles s’insèrent dans l’existant et qu’elles innovent sur le plan écologique (pour l’habitation, je commence à en avoir ras le bol de voir fleurir des immeubles nexity sans doute agréables à vivre mais vraiment insipides).

      Après, on a souvent tendance à mettre surtout en avant l’architecte tandis que dans des programmes urbains, il y a tellement de parties en jeu, donc de négociations et de compromis, que ça finit souvent dans le tiède.

      Je ne vais pas vous contredire sur le constat centre / banlieue même si le « confort heureux » des parisiens est peut-être bien relatif et que, là encore, là encore, les torts revienne aux politiques urbaines et territoriales (oui, ok, les politiques sont mandatés par leurs électeurs mais bon..). Je reste dans les généralités car je connais vraiment mal ces sujets.

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  4. ouais says

    La seule et dernière utopie de l homme c est « lui même, son compte en banque et son petit confort personnel » et on voit où ça nous mène.

    On doit tendre vers une vision utopique, c est la conscience collective de l être humain. D ailleurs vu qu il n y a plus d utopie certains se replient sur les religions, là encore, on voit le resultat.

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  5. ouais says

    Faut pas nous faire une déprime hein! Et puis vous avez un blog, et vous devez aimer votre blog je pense.

    Patience, les vrais lecteurs viendront et vous pourrez dialoguer avec autre chose qu un chien.

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  6. je suis en rogne à cause de nos chers compatriotes dont je comprends le ras le bol sans adhérer à ce qu’ils pensent être la solution.

    pour le blog, c’est le tout début en effet. et je suis déjà contente que vous preniez le temps de commenter. MERCI. en plus, j’ai presque l’impression de vous avoir amadoué, hihi!

    pour rameuter plus de lecteurs, cela demanderait un vrai boulot volontariste de ma part pour aller les chercher. je finirai bien par m’y mettre.

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  7. ouais says

    Pour aller chercher de nombreux lecteurs il faut mettre des coms racoleurs sur d autres blogs arrivistes. Au fond est cela le but?

    Amadouez vos quelques lecteurs. Ouaf!

    Oui vous m avez eu!

    Ouaf ouaf!

    Mais n oubliez pas que c est par le biais de vos articles et vos réponses que vous m avez amadoué!

    Ouaf ouaf ouaf!!!:)

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  8. ouais says

    J ai vu de la lumière, mais personne en ces lieux!

    Si vous laissez des bougies allumées évitez les odeurs de cire, j adore!!!

    Bon ben, bon rien bloguesque! Un chateau vide c est un peu comme un blog semestriel!!!!

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  9. Bonjour
    Merci pour ce post sur ce Monsieur PSE que je ne connaissais pas. J’aime beaucoup cette architecture, qui démontre que dans l’après -guerre il n’y a pas que des barres d’immeubles immondes qui ont été construites!

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    • merci pour votre commentaire et bienvenue! J’aime beaucoup ce que PSE a fait. y pas mal de copier-décoller par rapport à d’autres architectes de l’époque. outre ses partis pris en archi, c’est assez intéressant de creuser son background pour comprendre comment il a réussi à s’imposer si jeune… l’allemagne des fifties comme d’aujourd’hui (berlin excepté) reste une fascinante énigme à mes yeux.

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  10. Caroline says

    J’aime beaucoup l’architecture moderniste et brutaliste (ouais, je suis snob et bien sûr, je n’ai jamais été en vacances à la Grande Motte, je préfère de loin ma maison bourgeoise et tranquille en bord de mer…). Donc merci pour cette découverte!

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  11. il y a quelques temps, j’avais lu un article dans le Parisien sur le mode « un intermarché devient monument historique ». c’était à propos du supermarché de Ris-Orangis de Claude Parent qui aujourd’hui ne ressemble à pas grand chose avec son crépi blanc écaillé. Alors que les photos du bâtiment au moment de sa livraison sont sublimes! si un jour je passe à nevers, détour obligé par son église de Sainte-Bernadette!

    La Grande Motte, je l’ai découverte en la longeant sur une autoroute urbaine, j’étais fascinée (je ne connaissais pas le projet alors). Je pense sincèrement y faire un bref séjour dans les années à venir (en étant bien entourée car pour le coup c’est le genre d’endroit qui peut me faire tomber dans une déprime abyssale!). ce lieu me fascine! comme me fascine également l’architecture de villégiature de la côte normande, mais pour de toutes autres raisons 😉

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