L’étoffe du monde

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Moi Je

Hamm : – J’aime les vieilles questions. (avec élan). Ah les vieilles questions, les vieilles réponses, il n’y a que ça!                      Samuel Beckett, Fin de partie

Quand je repense à mes années d’étudiante, je m’aperçois à quel point j’étais volontaire et dynamique. Double cursus (université et école), jobs étudiants à temps partiel pendant l’année, à plein-temps pendant les vacances, stages professionnels, activités associatives, vie sociale, je ne chômais pas et pourtant je n’avais pas l’impression d’être un foudre de travail non plus. C’est en reprenant récemment de vieux cv que je m’en suis rendue compte (après tout, le cv, c’est une autobiographie de surface). Il m’a bien fallu élaguer parce que, objectivement, l’employeur s’en tamponne de mes jobs et de ma vie associative d’antan. Ca m’attriste un peu d’effacer ces lignes parce que c’était plutôt formateur de tâter un peu la débrouille ou de me confronter à d’autres réalités sociales. Pourtant, à la maison, l’important c’était le bulletin de note plutôt que l’esprit d’initiative,pas franchement valorisé. De mon côté, je ne souhaitais pas être polarisée sur les études, je me galérais à trouver de bons stages mais j’avais envie de mener plusieurs projets en parallèle….

….. à l’exception notable de toute activité militante. J’ai beau avoir commencé mes études dans les amphis de Tolbiac (l’annexe de la Sorbonne réservée aux licences, notoirement connue pour être l’un des bastions les plus actifs du militantisme étudiant dans le vaste spectre des gauches), la rencontre ne s’est pas faite. Pour des raisons pas très claires, j’ai détesté Tolbiac.

Plan Tolbiac

Encore maintenant, lorsqu’il m’arrive de longer le site en autobus, j’éprouve une sensation assez étrange où une répulsion instinctive se double d’une anxiété latente. Le plus bizarre, c’est que cette réaction épidermique est assez peu compréhensible puisque je n’ai qu’un souvenir très flou de ces deux années.  Si je fais un effort de concentration, peu de choses me reviennent, rien de concret du moins. A travers cette brume, quelques visages se profilent parfois, rarement associés à des prénoms. Même nos souvenirs communs qu’évoquent parfois des copains de l’époque (peu nombreux au reste) ne parviennent pas à combler les vides de la mémoire. J’ai oublié et puis c’est tout.

En fin de compte j’ai fréquenté ces lieux en touriste en étant tout à fait étrangère à l’agitation politique qui m’entourait. Tracts, AG, manifs, l’ambiance était assez survoltée. A une autre époque, d’autres y ont d’ailleurs conclu des pactes, ça vous dit quelque chose?

J’avais bien quelques camarades politisés mais au café ou ailleurs, les discussions tournaient en rond, je me sentais dans un mauvais remake d’une époque révolue (sans doute certains ont-ils déjà entrepris une cartographie des cafés dans le périmètre de Tolbiac : même si de temps à autre, en accompagnant un pote, il y avait incursion dans un autre repère des alentours, donc interférence avec d’autres univers, globalement, chacun avait ses QG et les diverses chapelles ne se mélangeaient pas trop). Bref, je suis restée en retrait des organisations étudiantes. J’avais de la méfiance (pire, du mépris) pour la pensée binaire, le simplisme de tracts truffés de fautes de syntaxe et d’orthographe, la violence des débats, la logique de clans (sans doute y avait-il plein de choses bien mais je ne voyais pas plus loin que le bout de ma lorgnette).

Je suis sortie complètement échaudée de ces premiers contacts avec la politique et le militantisme. (Les quelques amitiés que j’ai nouées reposaient plutôt sur des « passions » communes pour l’art, la photographie, le cinéma, la mode aussi. L’avantage de la fac, c’est tout ce temps disponible pour se découvrir des centres intérêts).

Bref, les années 2000, je les ai traversées sans trop me soucier de ce qui se passait autour de ma gueule. Les années altermondialistes, la folie NPA, le CPE, la réforme de l’université, j’ai complètement laissé filer (pour les deux derniers, j’avais déjà quitté la fac et puis je ne me sentais pas du tout solidaire). Ce qui m’intéressait c’était l’art, les gens et les rencontres. La société je m’en fichais un peu (beaucoup).

L’idéalisme des valeurs, l’angélisme des droits de l’homme faisait office de pensée politique ; l’indignation envers les inégalités et mon chemin frayé dans la culture, me garantissait d’appartenir à la gauche. Je triais, je recyclais, j’aimais la campagne et j’avais lu Pierre Rabhi, j’étais donc écolo. Jusqu’à récemment, dans ma hiérarchie de l’engagement, le summum c’était les humanitaires, forcément désintéressés, qui partaient sauver des vies sur le terrain au péril de la leur (par opposition aux vils professionnels de la politique mus par la défense de leurs intérêts ou du statu quo).

Je ne vais pas me flageller pour autant. Beaucoup d’éléments entrent en jeu dans cette désaffection pour le monde et la politique. Pêle-mêle : mon milieu d’origine (classe moyenne supérieure, donc dominante, et conformisme petit-bourgeois… dans les faits, c’est un poil plus complexe!), une éducation 100% apolitique mais portée sur la transmission de valeurs universalistes, une forte croyance en l’école (privée ou républicaine) confortée par le fait que j’étais (très) bonne élève (certes de la sélection, de la compétition, des concours mais qui récompensent le mérite, seulement le mérite, hihihi…) ; un individualisme générationnel (mon épanouissement d’abord), une rébellion d’abord dirigée contre l’éducation que j’ai reçue.

Enfin, il est sans doute plus difficile de sortir de sa bulle lorsqu’on répond aux critères d’intégration ou qu’on n’est pas trop mauvais pour s’adapter. Toute l’énergie dépensée pour assurer la transition vers la vie adulte, pour devenir autonome dans une société « en crise » – c’est-à-dire pour avoir un boulot, un salaire et payer un loyer (triste définition de l’autonomie soit dit en passant)- n’est pas propice aux grandes réflexions.

En fait, je crois que mon besoin de comprendre s’est progressivement déplacé vers d’autres objets avec les années. Au début il s’agissait surtout de comprendre pour apprendre (des cours, des compétences, un métier), comprendre comment se comporter dans la vie sociale (en couple, avec son boss et ses collègues, créer son réseau), acquérir les dispositions qui permettent de se sentir naturellement à l’aise dans les milieux côtoyés.

Mais à un moment, j’ai décidé qu’il était temps que je sois moins ignare, à savoir que j’ai au moins un aperçu sur la manière dont fonctionnent les choses. Régulièrement, j’éprouvais un vrai vertige (et aussi de la honte) devant ma méconnaissance la plus complète du fonctionnement du monde. Malgré l’enseignement scientifique reçu au secondaire, je me sentais larguée par rapport au milieu technique et aux grandes questions de l’univers. Tiens, je vous donne un exemple d’une de ces fois où je suis tombée dans un abîme de perplexité face au monde tel qu’il se présente (pfiouuu, qu’est-ce que je parle de moi ce soir!).

A ton avis c'est quoi

C’est un retour de vacances, je suis en voiture, à l’arrêt, dans une station de service. Tout à coup, je me souviens (très nettement cette fois-ci, la faute à la mémoire sélective) avoir songé que je n’avais strictement aucune idée de comment cette bagnole marchait. Et puis j’ai regardé autour de moi et chaque chose s’est révélée dans toute son étrangeté fonctionnelle. C’était super bizarre et flippant. L’environnement (c’est-à dire la caisse, la pompe à essence, l’autoroute, les cookies, toussa toussa…) était flagrant d’évidence mais en réalité il était incompréhensible. Premier réflexe : me réconforter en pensant que l’essentiel c’est que ça tourne. Et puis j’ai bêtement pensé qu’au cas où l’humanité entière venait à disparaître, je serais quand même bien dans la mouise si j’avais le malheur de faire partie des quelques survivants (comme au niveau du bricolage, mes qualifications se résument au montage des étagères IVAR d’Ikea et au remplacement d’ampoules, autant vous dire que je serais hyper mal barrée si un jour je devais être en situation de construire un abri et de faire du feu avec des cailloux).

Autre exemple, plus précoce, de mon indifférence (oui, ce billet file dans la catégorie « Moi Je » du blog, alors ça serait trop bête de me censurer surtout que je suis pile dans le sujet!): je me souviens de la venue d’un intervenant extérieur dans ma classe de primaire, qui nous avait demandé de formuler toutes les questions qu’on pouvait bien se poser sur le monde. Les autres élèves avaient des questions hyper pertinentes, ça fusait dans tous les sens, tout se passait bien jusqu’à ce que je fasse un gros bide avec ma question, la seule à me tracasser un peu sérieusement. La voici cette fameuse question : « comment fait-on du tissu? » (question débile, je vous l’accorde, qui ne méritait pas d’être inscrite à côté des autres sur le tableau. censurée. l’adulte et la maîtresse étaient un peu déconcertés par ma question au ras des pâquerettes, hihi…) (n’empêche, les tissus, c’est chouette).

Oui, comment fait-on du tissu? Honnêtement, je crois que dans les questions sérieuses, c’était la seule qui me travaillait autant. J’avais bien quelques idées sur le sujet (l’écheveau de laine, le rouet sur lequel se blesse la Belle au bois dormant. en plus, dans ma classe de CP, on apprenait la couture. vous aussi?!) mais je ne parvenais pas à comprendre comment de rien on arrivait à quelque chose de solide ( je n’arrivais pas à me défaire du tissu qui était donc le comble de l’abstraction). L’angoisse quoi! J’ai depuis tenté de réfléchir au sens caché de cette question crétine (si tant est qu’il y en ait un) puisque, a priori, je n’étais pas plus demeurée qu’un autre. Soulagement le jour où j’ai formulé l’hypothèse suivante : le tissu c’était, pour un cerveau de huit ans pas très versé dans l’abstraction, une interrogation sur le néant et la matière, sur l’étoffe du monde….. Zêtes pas convaincus?! Tant pis.

L'univers il y a 13,8 milliards d'années

Bref, un jour, j’ai pris un abonnement au Palais de la Découverte, à la Cité des Sciences, j’ai acheté des bouquins pour les nuls, pour les enfants et les curieux, j’ai podcasté des émissions de vulgarisation. Je me suis accrochée quelques mois et pfiouuu, j’ai tout lâché. Trop abstrait le monde, encore et toujours :

« Un proton est une fraction infinitésimale d’un atome, qui est lui-même une chose imperceptible. Les protons sont si petits qu’une tache d’encre de la taille du point sur ce i peut en contenir à peu près 500 000 000 000, soit bien plus que le nombre de secondes contenues en un demi-million d’années. Le moins que l’on puisse dire des protons, c’est qu’ils sont extrêmement microscopiques. Imaginez maintenant, si cela vous est possible, que l’on réduise l’un de ces protons à un milliardième de sa taille normale, dans un espace si restreint qu’un atome y paraîtrait énorme. A présent, fourrez dans ce minuscule espace un soupçon de matière. Parfait. vous voilà prêt à démarrer un univers. Je suppose bien sûr que vous voulez construire un univers inflationnaire. Si vous le préférez à l’ancienne mode, avec un big bang classique, il vous faut encore quelques petites choses. En fait, vous devez rassembler tout ce qui existe – chaque fragment, chaque particule de matière jusqu’aux confins de la création – et comprimer le tout dans un point d’une compacité si infinitésimale qu’il n’a pas de dimension du tout. cela s’appelle une singularité. Dans tous les cas, attendez-vous à un « boum » vraiment costaud. il va sans dire que vous voudrez vous retirer dans un endroit sûr pour admirer le spectacle. Hélas, il n’y a nul endroit où se retirer, parce que en dehors de la singularité il n’y a pas d’endroit. Quand l’univers entame son expansion, il ne s’élargit pas pour remplir un vide plus grand que lui. Le seul espace qui existe est celui qu’il crée en se dilatant. » Bill Bryson, Une histoire de tout ou presque.

new-babylon-paris-constant

Petit à petit, ce sont d’autres livres qui ont commencé à s’entasser sur mes étagères. Tendance sciences sociales. Et la partie de flipper a commencé : renvoi d’un texte à un auteur, qui renvoie vers un autre livre, une maison d’édition, des ressources sur le net. Et puis c’est une bonne librairie qu’on prend goût à fréquenter, comme ça, pour regarder, flâner, feuilleter. D’abord, ce sont des lectures un peu laborieuses, de l’enthousiasme et des découragements, l’impression d’avoir compris plein de choses, d’avoir été transformée. puis la déception quand vient l’heure d’en parler : ce qui semblait si limpide se transforme en bredouille. La voix est vive, les mains s’animent pour essayer de communiquer avec enthousiasme ce qu’on en a retiré, pour au moins convaincre l’autre de lire à son tour le bouquin, mais si tu verras c’est génial.

 J’ai commencé à pressentir que je pouvais enfin avoir prise sur le monde.

Ce tournant est encore très récent. Parmi tous ces bouquins, finalement il y en a peu que j’ai lus en entier. Je m’en entoure comme s’il y avait une force magique des pages imprimées, je parcours des chapitres d’un livre avant de le reposer, de le reprendre, d’en griffonner les marges. Mais progressivement, les pièces du puzzle se mettent en place.

A vrai dire, il n’y a pas forcément besoin d’en passer par ce type de lectures à la fois empiriques et théoriques. La littérature, le cinéma aussi, m’ont longtemps suffi. Pas seulement pour me divertir et me changer les esprits mais pour aborder de biais le monde commun, pour percevoir autrement ce qui nous entoure, pour accéder à des parties insoupçonnées grâce aux mots d’un autre. Les ouvrages théoriques sont certes dans un autre registre de discours mais le plus stimulant c’est lorsque, partant de l’expérience et des formes de vie, ils permettent d’accéder à une vision plus globale du monde tel qu’il va.

Reste que  : 1°) j’ai du mal à m’intéresser à l’actualité des affaires du monde, jour après jour    2°) à transformer mes convictions en action…. Active mais pas activiste.

Et vous, c’était quoi vos questions débiles à 10 ans? La théorie, ça vous parle ou ça vous gonfle? Accros à l’info? Révolutionnaire en pantoufle? Dites-moi tout!

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10 Comments

  1. ouais says

    Non mais votre blog devient presque un confessionnal!

    Gamin je ne me suis jamais posé de questions de ce genre, ma seule interrogation c était : mais pourquoi les autres pour la plupart, sont si teigneux et méprisants. Enfin à partir de 8 ans. Avant non. J aime le théorie mais pas la prise de tronche. Les infos c est du commerce, ça me gonffle, alors je me contente d écouter les titres et éventuellement les points que j estime importants. Ensuite je me ferme comme une huitre… A 16 ans j organisais des mouvements de grève, en revanche les manifs je trouvais ça pitoyable. Maintenant j ai des pantoufles!

    Fin de la confession!!!

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  2. merci pour la confession, je vous absous!

    je me rends bien compte de l’écueil « confessionnal » mais pour le moment, je n’ai pas encore trouvé de juste milieu. Vu que l’une de mes obsessions actuelles c’est l’articulation entre l’individu et son milieu (en variant les échelles : la nature, le monde, la société, le couple, la famille, le web… ), le plus simple, parfois, c’est de se constituer en cobaye.

    Au fond, ce que je voulais aussi dire dans ce billet, c’est que les bouquins en général (et la théorie en particulier) sont vraiment puissants pour se saisir du monde et prendre de la distance avec la routine des occupations. Au risque parfois de stimuler uniquement l’intellect/l’imagination/la réflexion/la contemplation et de creuser l’écart avec un rapport plus actif à la réalité (comme ceux qui s’engagent sur le terrain, changent de métier ou simplement de mode de consommation, que sais-je encore).

    J’aurais d’ailleurs pu l’écrire comme ça 😉
    Je pourrais aussi tenter des billets en traitant avec des listes des questions comme « avoir prise sur le monde » ; « pourquoi lire de la théorie », ce genre de trucs…

    comme vous êtes un peu le « premier de la classe » sur ce blog (hihi…), du moins le plus assidu, n’hésitez pas à me dire ce que vous aimeriez y trouver / ce qui vous saoûle.

    Bref, je tâtonne encore 😉

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  3. ouais says

    Théoriser, il me semble, c est lire dans un premier ou deuxième temps et auto-théoriser, donc réfléchir et penser, dans un premier ou deuxième temps.

    Lire c est un peu le terreau pour que l esprit INDIVIDUEL ET INDIVISIBLE prolifère. Mais dans ce monde de consommation tout est pot de yaourt et du coup comment faire pour ne pas dépenser le peu d argent et de temps dont on dispose dans du vulgaire caca théorique!

    Oui je suis un de vos fidèles. Et je lis VOTRE blog. Do c je ne suis que consommateur. Si ça ne me plaît vous aurez le droit à un com un peu provocateur, enfin pire que d habitude.

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  4. ouais says

    En bref jamais je n oserai vous demander de changer l orientation de votre blog par e que si je suis là c est bien que j aime bous lire , non?:)

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    • J’espère bien!!
      (après vous avez aussi le droit de vous ennuyer mortellement – avec Lachenman, Boulez & co, dur de pas réprimer des bâillements, hihi – et de venir ici simplement pour vous distraire et écraser des pots de yaourt tout moisis ;-))

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  5. ouais says

    Ps :

    Pour moi, puisque vous demandez un avis, ce n est pas « le livre » qui bouleverse une vie, mais une oeuvre, quelque soit le domaine: peinture, littérature, rechercherches en mathématiques, physique, psycho, syntaxe, composition musicale (enfin je parle de musique structurée et innovante!), … qu importe.

    Ce qui compte à mes yeux c est l oeuvre à laquelle je suis confrontée, même si je ne comprends que peu de choses elle me renvoie à mes limites et en même temps élargie mon esprit vers un au-delà.

    Voilà!

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  6. ouais says

    J ai failli faire un vilain jeu de mots avec omnisciente!!!!

    Mais non!

    Je vous rappelle que je ne suis pas l intello dans cette histoire, mais je déteste écouter une musique que je devine dès l introduction!

    Je n ai pas de yaourt mais des rillettes moisies!

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