Spring break!

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What a glorious morning is this for clouds! John Constable

J’imagine ne pas être la seule à observer avec délice les premières manifestations du printemps (interdiction absolue de vanner en mode « si c’est pour écrire ça, c’était pas la peine d’atermoyer trois semaines durant »). D’ailleurs, c’est un excellent sujet puisqu’il permet de poursuivre sur quelques considérations météorologiques toujours bienvenues lorsqu’il s’agit de relancer une conversation un peu trop longtemps interrompue. N’est-ce pas chouette d’évoquer ensemble le retour du soleil qui darde ses rayons entre deux ondées ?  Les infinies nuances dont se parent les couleurs du ciel parisien? Après tant de semaines à se sentir tassés sous un plafond bas, gris et morne, plombant pour le moral, quel plaisir de retrouver un ciel changeant! Peut-être aussi parce que, comme l’écrit Stéphane Audeguy dans un bouquin qui m’a royalement ennuyée à propos des intuitions météorologiques de Goethe, « le cerveau des hommes a la forme des nuages, et ainsi les nuages sont comme le siège de la pensée du ciel ; ou alors, le cerveau est ce nuage dans l’homme qui le rattache au ciel » (dans La théorie des nuages).

John Constable Paysage avec de gros nuages blancs et gris dans le ciel

John Constable (1776-1837), Paysage avec de gros nuages gris et blancs dans le ciel, aquarelle et pierre noire. Photo (c) RMN-Grand Palais (musée du Louvre)

L’autre jour, coincée dans un atelier collectif animé par un partenaire de Pôle Emploi pour élaborer ou confirmer mon projet professionnel (sic), je contemplais le spectacle des nuages depuis les étages de la Tour Montparnasse. Forcément, quand je suis entrée dans la salle, je me suis arrangée pour avoir une vue stratégique sur cet immense horizon. Je ne vais pas vous raconter comment on m’a refourgué cette formation type bilan de compétences, ni balancer sur le contenu parce que le sujet du jour c’est « le printemps ». A vrai dire, jusqu’ici, tout se déroule plutôt bien. Par exemple, j’apprends plein de mots nouveaux du vocabulaire de l’entreprise et du management, j’observe fascinée l’attitude (gestuelle, élocution, syntaxe, langage) de mon « consultant référent » (sic), je décode des tas d’acronymes. Je découvre tout un tas de choses fort intéressantes. Comment ne pas décocher un regard béat à ma voisine lorsque, à l’animateur qui nous demandait de définir une compétence, elle a débité ces trois mots magiques, du tac au tac: « savoir, savoir-faire, savoir-être« ? (vous connaissiez le couplet?) Moi ça m’en bouche un coin.

Et puis c’est passionnant (ou désolant, tellement le schéma semble immuable) d’observer comment se distribue la parole dans un groupe d’inconnus. Il y a les taiseux et les effacés, le boulet de service qui ramène tout à lui (en l’occurrence, la nana ex manager des rayons boucherie et poissonnerie d’une enseigne de la grande distribution, qui aspire à devenir une puissante femme d’affaire dans l’industrie agroalimentaire grâce à un projet top secret, dès fois qu’on lui piquerait, mais qui n’a toujours pas trouvé de financeur (quel dommage). Son cahier format A4 protégé d’une couverture en python synthétique rose fuschia, assorti à une trousse de la marque « glamour », confirment ses ambitions de Carry Bradshaw chez Auchan, de même que sa logorrhée et son niveau de décibels), bouc émissaire auto-désigné lorsque les seconds degrés entreprennent d’ironiser à ses dépens (avec bienveillance, je vous rassure), nouant ainsi les liens d’une solidarité factice qui cessera à peine la séance levée (quoi que, si le libraire de livres anciens traîne sur ces pages, qu’il n’hésite pas à se signaler, hihi). Bref, un atelier pôle emploi c’est  un peu comme le covoiturage, on découvre plein de métiers rigolos, on sympathise le temps d’un trajet et de quelques cafés en gobelet.

Revenons plutôt au printemps, quand les arbres bourgeonnent. Les bourgeons c’est le kif. Grave. Je sais pas vous mais dans certaines circonstances, j’ai des mélodies ou des strophes de poèmes qui me reviennent à l’esprit, automatiquement. Exemple : « Comme un diable au fond de sa boîte / le bourgeon s’est tenu caché / mais dans sa prison trop étroite / il baille et voudrait respirer« . Je pensais que cette strophe apprise en primaire était du Prévert (je suis une grosse quiche en poésie) mais non, l’auteur serait Paul Géraldy. (Un patronyme littéraire qui ne m’évoque strictement rien. Si vous venez de passer le cap des 40 ans, allez jeter un oeil à sa fiche wikipédia qui recense un poème gentillet sur le passage du temps).

Gamine, j’aimais beaucoup le poil douillet des chatons qui poussent notamment sur les branches du saule marsault, dont ma soeur et moi confectionnions des bouquets. Depuis que je suis majeure et vaccinée, je préfère la tumescence luisante des bourgeons des marronniers. Gorgés de sève, prêts à éclore, leur obscénité végétale me fascine…

Bourgeons

En ce moment où je peine à m’organiser et à ne pas me laisser pressurer par les délais, j’ai l’impression que mon emploi du temps m’échappe complètement. Du coup, je n’arrive pas à caler des promenades régulières (ni des sessions programmées dédiées au blog. je vous promets d’essayer d’y remédier) ; la saison est en train de filer sans moi. C’est idiot mais ce constat me rend un peu triste!

A défaut de maîtriser l’art de la liste au quotidien et pour m’épargner de faire des phrases, voici un bref inventaire de ce qui me plaît vraiment au printemps :

  • rouvrir mon guide nathan Quelle est donc cette fleurpour le plaisir de désigner mentalement le forsythia, la corète du Japon, le rhododendron (ou azalée), l’amandier de chine, le cerisier à fleurs (prunus), etc. quand je les croise sur mon chemin
  • longer les jardins partagés qui bordent l’ancienne ligne de la petite ceinture et me promettre qu’un jour j’aurai un lopin de terre à retourner
  • observer la pousse des fougères
  • les abeilles qui butinent sur le balcon
  • être surprise des jours qui rallongent si vite
  • les petits navets de printemps (et, globalement, le retour de légumes « sympas » sur le stand du maraîcher)
  • cuisiner la dernière courge de la saison
  • acheter des branches de prunus pour égayer mon bureau (me promettre de passer aux renoncules ou aux tulipes, lorsque 48h après il a fallu épousseter tous ces flocons de pétales fanés)
  • l’ouverture des réservations sncf pour l’été (à moi la traversée des Hauts plateaux du Vercors)
  • l’allègement des grands rangements saisonniers (enfin, c’est mieux après-coup que pendant le tri)
  • changer de rouge à lèvre, renifler plein de parfums, passer chez le coiffeur (parce que le printemps me rend aussi désespérément futile)
  • se demander de quoi le mois de mai, le joli mai, sera fait…

J’aime pas :

  • les pigeons (pire cette année, les pies) qui s’accouplent avec force  roucoulouments/jacasseries et battements d’ailes
  • les premiers pollens qui annoncent la saison des allergies
  • la pression qui augmente parce que l’année est déjà bien entamée (je fonctionne avec un calendrier scolaire dans la tête)….

Et vous, ça vous évoque quoi les ateliers Pôle Emploi le printemps?

A tantôt les crocus!

Edit du 19 avril : Courez voir le dernier documentaire de Claire Simon, Le bois dont nos rêves sont faits. Je  vous déconseille la bande annonce qui est assez peu représentative de ce film magnifique (notamment sur l’image et le son) consacré aux intimes du bois de Vincennes. Au fil des saisons.

le_bois_dont_les_reves_sont_faits

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10 Comments

  1. ouais says

    « Chiottes, faire-ses-chiottes, être-chiottes ».

    Ah ben quand même ! !!!

    Il était temps!!!!!!!!!

    Le pôle nord(sud(est (ouest (est-nord-ouest (…..))))) ne m a jamais bien inspiré. On s y inscrit pour se donner bonne conscience, et, je ne sais plus, mais surtout conserver ses ASSEDIC, pléonasme passéiste d un futur rétrogrado-moyenâgeux.

    Le printemps c est en effet redécouvrir la nature qui pousse et prolifère . Et là on se dit, que ce sont certainement les 2 mots les plus anodinement vulgaires de la langue française. On voit bien que le printemps c est nichons, bourgeons allongés, grosse voiture puissante très allongée sans capote fonçant dans l air et l humidité, abeille, poisson rouge, rouge gorge, chèvre, toutes avec un ventre énorme, femme enceinte à qui l on dit « félicitations » (ca je n ai jamais compris, tu baises sans gamin t es une salope, tu baises avec un gros ventre t es une héroïne »).

    Moi j aime le printemps parce que c est avant l été. Le printemps c est vendredi soir, l été c est samedi et l automne c est dimanche.

    Mais,

    Surtout,

    Juillet c est samedi, et août c est dumanche, sauf que je voulais rester dans le sujet sur le pri temps pour éviter de me faire engueuler!

    Dites, vous me faites dure n importe quoi sous la terreur femino-printanière hein!!!! Un coup à finir chez Paul Emproie.

    Aimé par 1 personne

    • Terreur fémino-printanière, vous n’y allez pas de main morte!
      J’avoue, tous ces ventres rebondis qui semblent faire pop depuis quelques semaines (comment les planquaient-elles la semaine d’avant?!) sont intimidants pour tous les non-reproducteurs de la même espèce.

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      • ouais says

        2

        A dans 20 jours!

        Si vous aimez les films de nature printanière :

        Jeremiah Johnson
        Délivrance
        La derniere maison sur la gauche(la nature joue un rôle un peu secondaire, mais bon, un rôle quand même(je dois dire que ce film sent le 1er degré, et je ne l aime pas vraiment(sauf que je le prends au 3ème degré (mais même comme ça c est beurk (d autant plus que c est du premier degré pourvlevpetit côté beurk (et si on ne trouve pas ça drôle ce film n a aucun intérêt ))))))

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        • Il doit y avoir un gros malentendu….
          J’aime les documentaires pour la simple et bonne raison que ça ne fait pas peur!! Y a pas plus chochotte que moi devant un film ; je n’ai pas le moindre recul face à un thriller ou à un film d’horreur et je ne tire aucun plaisir de mes frayeurs. Ces films, je les connais de réputation, alors je ne peux que vous répondre : NO WAY!!

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          • Bref, je retiens que vous avez essayé de me traumatiser à vie avec vos suggestions filmiques. C’est très moche de votre part.

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          • ouais says

            Jeremiah Johnson est un vieux film écologique (toutes saisons) très beau.

            Délivrance est un film écologique printanier qui pose des questions sur le meurtre et la loi hors d un cadre citadin.

            Et je vous ai moi même alertée sur la derniere maison à droite de la gauche.

            Vous exagérez! Parce que si j avais voulu j aurais pu vous conseiller Henry portrait d un sérial killer! Je crois que ça se passe en automne, une sorte de printemps de la mort pue.

            Je me souviens sinon d une série documentaire sur l insémination du monton. Ca se passse au printemps!!!! Mais c est bien plus terifiant qu un petit film à suspens.

            Ecoutez donc les conseils de ce bon vieux Ouais que suis!!!! Gnarf gbarf gnirf

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  2. Ha ha mon fils vient d’apprendre ce poème de Paul Geraldy ! Ce qui lui a valu une diatribe qu’il n’avait pas demandé sur la nullité des poèmes exigés par l’éducation nationale, et pourquoi ils n’apprenaient plus les fables de La Fontaine etc. Sinon je plussoie pour le ciel de printemps à Paris, et le mois de mai, le plus beau mois de l’année…

    Aimé par 1 personne

    • ça me rend nostalgique de l’époque où on apprenait (certes péniblement) des poèmes à l’école, avec illustration dans le cahier de poésie… Rien que pour faire réciter sa poésie à mon môme, ça me donnerait envie de devenir génitrice.

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