On m’a vue dans le Vercors…

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Espèces d'espaces / Non classé

Salut les boucs,

C’est avec appréhension que je reviens sur le blog.

Je sais pas comment ça se passe pour vous mais en ce qui me concerne, plus je diffère, plus la tâche me semble insurmontable. Et avec l’âge (je viens encore de me prendre une année dans la tronche), ça s’arrange pas. Cette année, il n’y a pas que Thévenoud qui s’est illustré pour sa phobie administrative (j’ai lamentablement laissé passer la deadline d’une inscription administrative. Résultat, j’ai passé le quadruple de temps à apitoyer les gens sur mon triste sort de meuf à la masse ; j’ai zappé le délai de déclaration des impôts  ; j’ai mis quatre mois (oui, quatre) à corriger un p*** de paquets de copies (les copies c’est comme les devoirs au CP : la première fois, t’es tout excité et tu mets tout ton coeur à l’ouvrage, avec application et langue tirée. Mais à mesure que l’exercice se répète, tu déchantes en flèche, surtout quand tu comprends que tes élèves se fichent un peu de tous tes commentaires car seule importe la note) ; j’ai attendu six mois et autant de piles de bouquins au sol qui s’effondraient régulièrement avant de me décider à monter de nouvelles étagères, etc.). Bon, je ne voudrais pas vous comparer, chers lecteurs, à un paquet de copies poussiéreux, mais le fait est que j’ai beau penser à vous, j’ai fait un blocage. J’ai commencé un tas de brouillons que je n’ai pas su mener à terme (il y en a un pourtant que je ne voudrais pas remiser à la poubelle dans lequel je parle de la fête, joyeuse ou triste).

Pour renouer en douceur, j’ai décidé de faire au plus simple et de vous débriefer ma courte semaine de vacances. Quand t’as un budget serré, que tu vis à longueur d’année dans la pollution et 18 m², que tu passes tes journées les fesses assises devant un bureau, la question des vacances se résout en un mot : RANDONNEE. Dont acte.

Pour être sûre que l’expérience soit à la hauteur de mon attente, j’ajoute quelques réquisits: 1°) en solo ; 2°) en autonomie complète (trois jours de vivres et de couchage) ; 3°) hors afflux saisonnier (SEULE sur les hauts plateaux du vercors).

Normalement, à cet énoncé, j’ai droit à la question qui tue : « Mais t’as pas peur? ». De quoi aurais-je peur? Du viol? C’est pas comme si j’allais faire un jogging sur les bords de Marne ou en forêt de Fontainebleau (au pif). Dans ma tête, les pervers esseulés ne traînent jamais très loin des zones urbaines. Des animaux? J’avoue, j’ai déjà vécu le sanglier qui rôdait autour de la tente avec la frousse terrible de me faire empaler par une meute de marcassins et j’ai bien cru, une autre fois, que j’allais me faire piétiner par un troupeau de vaches dans le Cantal. Autrement, je n’ai jamais eu le loisir d’entendre « ces serpents qui sifflent au dessus de ma tête », ni de dégainer une bombe au poivre face à un grizzly. Ma seule heure de gloire c’est lorsqu’au Canada, au détour d’une promenade dans un parc, je me suis trouvée nez-à-nez (à 5 mètres près) avec  une maman ours et ses trois winnies : j’ai pris ma photo, normal. Si on reste dans la série « confrontation avec un animal sauvage », mon meilleur souvenir est celui d’avoir été rejointe par un banc de dauphins alors que je nageais au large de la côte en Caroline du Nord. J’étais seule dans la mer à ce moment-là (soleil au zénith = heure de la sieste= moment de répit pour une au pair) et sur le coup j’ai bien cru que j’allais frôler la crise cardiaque quand j’ai aperçu plusieurs ailerons qui se dirigeaient à vive allure vers moi…Ils se sont rapprochés, j’en ai même frôlé quelques uns, et lorsque j’ai compris que je n’étais pas dans un mauvais revival des dents de la mer, j’ai essayé de les suivre. Mais ils sont aussitôt repartis.

Bref, pour revenir au Vercors, il y a des bouquetins, des chamois, des marmottes, des tas d’oiseaux…. et des loups. Mais pour les loups, je n’ai compris qu’à mon retour que non, ce n’était pas des blagues pour faire peur au petit chaperon rouge cramoisi de soleil. Même pas eu peur du gros patou qui vient t’aboyer en pleine gueule parce que ton GR a le malheur d’interférer avec son troupeau de moutons (me suis contentée de le maudire et me suis débrouillée pour trouver une tangente). Et lorsque, dans la nuit noire, il m’a fallu m’extraire de ma tente, isolée dans la pampa, pour aller faire pipi, je n’ai frissonné que de froid et j’ai uriné en levant les yeux vers le ciel étoilé.

Reste la question joker : « mais pourquoi SEULE? » Parce que seule c’est mieux.

Okay, je vous dois quelques explications vu l’incrédulité que manifeste mon entourage face à ce genre d’initiative de mon cru (quoi que, j’ai bon espoir qu’on me fiche la paix l’année prochaine, lorsque je m’embarquerai dans le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle, car ceux qui me connaissent le plus intimement ne peuvent que constater mon bliss au retour de ces balades en solitaire).

La rando c’est comme les brocolis. Au départ, on tâte la chose avec les parents, patte traînante et moue boudeuse. Quand à douze ans, vos copines peaufinent leur bronzage et s’initient au roulage de pelles sur la Côte d’Azur, sur les plages de Normandie ou en Grèce, et que vous êtes condamnés à passer la semaine dans les Vosges, en Corrèze ou en Autriche enchaînés à vos darons, laissez-moi vous dire que la randonnée c’est niet. Vous vous jurez que vos vacances de grande seront au Club Med (rêve d’ado), vers une destination carte postale instagram, ou ne seront pas. Et puis un jour vous vous laissez embarquer par des copains : expériences marquantes (les brocolis s’accommodent très bien, demandez-moi des recettes si vous êtes en panne d’inspiration). Quand votre bande de copains de rando s’effiloche, vous tentez de renouveler l’expérience avec votre mec. A un moment, vous pensez même que c’est le bon parce que lui, au moins, ne vous rie pas au nez à la perspective d’un dépaysement de plus de 48h sans connexion, ni ne se rue sur son smartphone lorsqu’il entrevoie une barre tremblotante sur son écran.

Quand vous retournez à l’état enviable de célibataire, une question cruciale demeure : quid des vacances?  En mon état, je suis plutôt chanceuse : j’ai de chouettes amis, dotés de chouettes baraques de vacances. Il n’empêche que j’ai ressenti le besoin de marcher et que, l’an passé, au moment de la rupture, j’ai décidé que j’irai traîner mes guêtres seule sur les sentiers de randonnée. Seule parce que, même lorsque je gambadais avec d’autres, je ne savourais jamais autant les paysages que lorsque j’étais en retrait du groupe. J’appréciais les moments de bivouacs partagés mais je redevenais asociale lors des temps de marche (autant vous dire que j’ai beaucoup cogité lorsque je marchais avec mon ex). En juin 2015, je suis partie dans les Cévennes, pour un tour du Mont Lozère. 6 jours de marche et nuits en gîte. Seule sur le GR, seule en gîte, sauf lorsque je croisais les pas de mes congénères engagés sur le chemin de Stevenson (l’autoroute du randonneur, avec Saint-Jacques). J’ai adoré. Davantage, j’ai été transformée. Romantique, je pensais que, peut-être, j’allais faire le bilan de ma vie, de mes échecs, de mes aspirations. Que nenni, je me suis simplement contentée de marcher, en complète harmonie avec la nature. Tout à fait. Sans exagérer, je crois que ça a été la plus belle semaine de vacances de toute ma vie. De trois décennies, vous vous rendez compte!

Alors cette année, ni une ni  deux, j’ai remis le couvert. Direction les Hauts Plateaux du Vercors, pour tester « l’autonomie complète », sur une courte durée, éprouver mon potentiel de robinson crusoé pour le jour où la civilisation s’effondrera. Autant vous dire, que la seule mention d' »autonomie complète » a bien fait rigoler mon psychanalyste. Ah oui, depuis trois mois que je vous snobe, j’ai entamé une analyse, oui, moâ d’habitude si rétive à tout ce qui a trait à la psychologie (je suis suffisamment égocentrique comme ça). Comptez sur moi pour revenir bientôt sur le sujet de l’analyse, dans le prochain post peut-être, dans moins de six mois, si Dieu le veut!

Avant de partir, j’appréhendais un peu la balade. D’abord parce que je n’avais aucun entraînement (pas réussi à me remettre régulièrement au jogging), que je fume comme un pompier, que mon sens de l’orientation est toujours aussi affligeant (je n’ai pas eu l’occasion de vous parler de mon séjour à la Villa Médicis #jemelapète et de mes errements dans le dédale de Rome). En toute franchise, j’ai morflé : un sac lourd (tente + couchage + bouffe + eau = 15 kilos au max) sous le cagnard, avec de bons dénivelés. J’ai eu quelques moments difficiles où je me suis sincèrement demandé pourquoi je m’infligeais tant de peines. avais-je quelque chose à (me) prouver?

Je crois que ce qui me plaît par dessus tout, c’est la simplicité de l’action. Avoir le strict nécessaire sur le dos (même si je peux encore m’alléger), un pas après l’autre (j’ai croisé sur le Grand Veymont quelques adeptes du trail : ces gens sont des grands malades!), des paysages à couper le souffle, la sérénité du mental, la sensation  d’habiter pleinement son corps, l’effort et la persévérance avec, pour  seul objectif, l’étape suivante, que vous pouvez adapter comme bon vous semble (à condition de trouver une source. Et là, ça se corse….)

C’est difficile à expliquer « aux autres » que ce type d’expérience (de vacances) est bien plus enrichissant qu’un long weekend à leurs côtés où vous ne faites que délocaliser vos conversations coutumières. C’est difficile de refuser aux autres de vous accompagner. C’est difficile de leur faire comprendre que si oui, à l’origine, il s’agit d’une initiative en partie symbolique prise à la suite d’une rupture, si je renouvelle l’expérience, c’est parce qu’y trouve mon compte.Et pas qu’un peu. Ce n’est pas un choix par défaut (pas plus que ne l’est l’état de célibat tel que je le traverse actuellement) (parenthèse bis : il faudrait que je trouve le temps d’écrire un post spécialement dédié au célibat car, même si quelques articles fleurissent ça et là, il semblerait que ce soit l’une des expériences les plus incompréhensibles et les plus indéfendables à assumer en société). Peut-être que seuls les vrais solitaires et les affamés de nature sont à même de comprendre cela.

Justement : à la fin de ma promenade, arrivée à Châtillon-en-Diois, j’ai renoué avec la civilisation. La civilisation c’est : une douche, un dîner dehors, un lit en gîte, des rencontres. J’avoue tout, je pèche d’orgueil : j’aime l’attention dont je suis entourée en tant que jeune femme randonneuse. Les gens avec qui je discute, surtout les locaux, les habitués de la montagne, font montre d’une véritable compréhension. Je n’ai plus eu à subir les regards interrogateurs du pourquoi.

En 24heures, je suis passée de la sévérité des Hauts Plateaux à la douceur de la Drôme. En 24 heures, j’ai fait d’innombrables rencontres. Plusieurs personnes m’ont proposé de partager leur repas, de passer un bout de temps avec eux, se sont  livrés à moi. C’est étonnant de constater à quel point les gens viennent spontanément à ma rencontre. Lorsque je passe quelques jours seule avec moi-même, j’en reviens apaisée, disponible, ouverte à tout, aux autres. Trois jours inoffensifs pendant lesquels mes barrières reculent, parce que je me contente d’être en harmonie avec ce qui advient : la chaleur, l’effort, la nature, juste un pas après l’autre (bis). Forcément, je vire un peu dans le mysticisme new age ou flower power dans de telles circonstances!

On va pas se mentir : à chaque fois, le retour est méga rude. Ca commence dans le train, quand du TER je prends place dans le TGV qui ramène vers Paris les vacanciers du Lubéron. La confusion s’installe en moi alors que je regarde les passagers, que j’observe l’élégance de certains. Le choc suivant, c’est l’arrivée en gare, le métro, ma cage d’escalier, le gros sac planté dans le studio qui y perd tout son sens. Blues de la randonneuse.

J’aime, intensément, les Cévennes ; j’ai découvert le Diois (la Provence aux confins du Vercors) : toujours d’anciennes terres huguenotes, des villages préservés, des territoires babos où cohabitent petits-fils de paysans revenus à la terre et communautés de néo-ruraux (Pierre Rabhi n’est jamais loin). Quand je suis là-bas, j’ai l’impression cruelle de vivre une vie parisienne aussi effrénée que dérisoire. Longtemps j’ai pensé que je ne pourrais jamais quitter Paris parce que je n’arriverais pas à m’intégrer dans un endroit où je n’ai pas de racines. Maintenant, je commence à changer d’avis. Sur de nombreux aspects, je suis snobinarde, élitiste. Bref, quelqu’un de pénible. Je prends conscience que ce ne sont pas des tares dans la mesure où il ne s’agit pas d’une posture et que j’ai toujours réussi à frayer avec les milieux les plus divers (sans blague, à part l’ouvrier(e) à l’usine, je crois que j’ai des potes/relations, dans n’importe quelle corporation, pute et prêtre inclus). Franchirais-je le cap un jour? Est-ce seulement me bercer de douces espérances?

Sur ce, je vous laisse méditer ces paroles hautement subjectives (ne relevez pas les fautes d’orthographe, je me relirai tantôt). Bon été à tous et à toutes! Attention aux moustiques et aux coups de soleil! Merci de votre patience!

La prochaine fois, je vous expliquerai comment faire de bonnes trouvailles pendant les soldes chez H&m et Zara (et on causera psychanalyse).

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11 Comments

  1. ouais says

    Mince, on est déjà en avril 2017????

    La solitude c est beau et bon! Et rien de pire que de rencontrer des gens qui veulent vous empêcher d être seul pour vous aider! Ca je ne supporte pas!

    La randonnée!!! Beurk.

    On a failli se croiser! Mais il vous aurait fallu nager pour cela.

    Vous remarquerez que j ai essayé de vous encourager à écrire! Comme j aime encourager en restant deplaisant!

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    • Pfff…, j’avais oublié votre obsession flipper le dauphin-lovecraft.

      C’est pas facile de convaincre les gens des joies de la randonnée mais mieux vaut s’en réjouir: autant d’endroits préservés des flots de vacanciers !
      Bonnes vacances

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  2. ouais says

    Moi ce que j aime c est juste errer seul sans but sous la pluie et dans le vent.

    Dites comment vous savez pour Lovecraft?

    Etrange!

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  3. Je m’inquiétais presque de ne pas avoir de rappel à l’ordre!! Bon été?
    Tout baigne, enfin « autant que faire se peut »! simplement, comme je passe mes journées à écrire/travailler, le blog passe complètement à la trappe…

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  4. ouais says

    Pendant que le monde entier rêve de se gratter les fesses aux chiottes, madame travail!

    Ah!!!! elle belle la France cultivée!!!!

    En tant que sympathichiant cgtiste je ne vous félicite pas! Non au monde du travail laborieux, oui au grattage de fesses aux chiottes et à l errance du  » j aime traîner ».

    L épanouissement par le travail c est la pire connerie qu a voulu nous faire gober le patronat et les politiques.

    Chiottes à merde javelisées, bosser c est juste pour gagner sa croûte, plus un humain pense faire un boulot passionnant plus il se fait arnaquer par sa boite.

    Le mécénat c est fini depuis bien longtemps…

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