Le Grand Jeu (ou y’a pas que star wars au cinéma)

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Art / Livre / Film / Scène

Parfois, j’ai l’impression que l’humanité se divise en deux camps asymétriques : ceux qui ont vu Star Wars et les autres.

J’appartiens à la deuxième catégorie, ou presque. Un jour, de guerre lasse, j’ai fini par céder aux assauts répétés d’un ancien petit ami starwarzophile. Il m’a forcé la main, je n’ai pas su dire non, j’ai encaissé un épisode. Du film ou du copain, je ne sais lequel des deux m’a laissé le souvenir le moins impérissable mais je reconnais au second le mérite de m’avoir beaucoup fait rigoler quand le premier ne m’évoque qu’un sentiment d’ennui.

Bref, je n’ai pas vu « le dernier Star Wars« . (bizarrement, à part nos cousins du Québec, plus personne ne dit « la Guerre des étoiles » en 2015, ou bien?). Mais j’ai vu Le Grand Jeu, de Nicolas Pariser (avec André Dussollier, Melvil Poupaud, Florence Poésy, Sophie Cattani). C’est donc de ce film, et de l’excellente bande dessinée d’Etienne Davodeau, co-écrite avec le journaliste Benoît Collombat, Cher pays de notre enfancedont je viens vous causer en ce début d’année (2+8 = 10).

Comme le film et la bd parlent également de puissances obscures et maléfiques sur une étrange planète ici nommée Ve République (j’avoue, je n’ai pas été très assidue sur les 4 précédents épisodes de la série républicaine, des scénars parfois mal ficelés, beaucoup trop de rebondissements…. mais j’attends la 6ème avec impatience!), j’ai pensé que ce n’était pas trop tricher que de vous aguicher avec Star Wars pour vous entraîner vers ce que j’ai aimé.

Le Grand Jeu Nicolas Pariser 2015

Je vous livre le pitch du Grand Jeu (Prix Louis-Delluc) en deux-deux avec un paresseux copié-collé d’un article du Monde (rien de plus pénible que de résumer, autant s’appuyer sur les efforts de ceux dont c’est le job) (sinon vous pouvez aller directement à la bande annonce ici)

« Pierre Blum (Melvil Poupaud), écrivain jadis prometteur mais improductif depuis quinze ans, est approché par Joseph Paskin (André Dussollier), un barbouze doucereusement inquisiteur, qui lui passe la commande d’un curieux ouvrage anonyme. Un « appel à l’insurrection » s’inscrivant dans une stratégie pour décrédibiliser le ministre de l’intérieur, son ennemi politique, mais qui, en même temps, entraîne le romancier à déterrer les idéaux enfouis, voire les fréquentations, d’une jeunesse militante passée dans les milieux d’extrême gauche. La manœuvre est bientôt déjouée par une violente riposte du camp ministériel : Pierre, impliqué jusqu’au cou, se retrouve seul et physiquement menacé, contraint de fuir Paris pour se réfugier à la campagne, dans une ferme que gère un groupuscule altermondialiste, sous le coup d’une imminente rafle policière. »

J’embraie sur 1 ou 2 généralités partout reprises : une tonalité de thriller politique mêlée à une histoire d’amour qui ne gâche (ni n’apporte) rien à l’intrigue. Comme de bonnes intentions et un bon scénar’ ne suffisent pas à faire un bon film, ne serait-ce que pour les deux premières séquences magistralement mises en scène, la séance vaut le coup. Sans compter la remarquable prestation des acteurs. Bref, ceux parmi vous qui ont vu et aimé  l’Exercice de l’Etat de Pierre Schoeller sorti en 2011 peuvent aller voir le film les yeux fermés, ils y trouveront leur compte.

Je vais faire un truc qui ne se fait pas : prendre le film comme prétexte pour m’entretenir avec vous de son sujet. Ce qui m’a en effet le plus intéressé dans ce film, c’est le regard porté sur le pouvoir et ses « pulsions secrètes ». Ou plutôt sur les façons d’exercer le pouvoir ou d’y renoncer, de sabrer sa défaite et les illusions perdues. En fait, je suis sortie de la séance toute chamboulée parce que le film m’a renvoyé en pleine tronche certaines de mes interrogations du moment. Notamment le fameux : Que faire ? Et j’aime bien quand la fiction m’aide à penser mon présent, quand les deux se rencontrent et font frotti-frotta (hihi, je ricane bêtement car je viens d’entrer frotti frotta dans la barre google – pour vérifier s’il y a un trait d’union entre les deux termes. pas trouvé de réponse à ma quête lexicale. En revanche, je suis tombée sur un forum croquilognet de discussion entre ados….

J’écris que « ça ne se fait pas » parce que « je » (en tant que lectrice-spectatrice) me suis fait vertement tancer par Gérard Mordillat qui, dans une tribune parue dans Le Monde diplomatique de janvier, s’insurge contre la tyrannie du sujet : « … le cinéaste est désormais sommé de répondre avant tout à l’unique question, quel est le sujet? [..] Un roman, un film valent aujourd’hui non pour eux-mêmes mais pour le sujet que les commentateurs détectent à travers eux […] Le sujet a pour avantage fondamental de dispenser de lire le roman, de voir le film, c’est-à-dire d’en mesurer les enjeux narratifs, stylistiques, grammaticaux, son invention lexicale, visuelle, sonore, etc. ». Le ton sentencieux du vieux GéGé, qui est manifestement resté bloqué à la case « nouveau roman » ou « nouveau cinéma » de la critique, m’agace un peu, même s’il n’a pas entièrement tort, loin de là. Sauf que la question du sujet se réduit rarement à son simple énoncé mais implique aussi de réfléchir à son traitement (d’où mon impatience pour ces  oppositions ringardes entre contenu et forme). Fin de digression. Et puis en ce qui me concerne, je m’en fiche un peu puisque je ne tiens pas à faire un blog de critiques sinon, en toute transparence, je vous en aurais touché un mot.

Donc.

Donc le film entremêle plusieurs formes de pouvoir « invisible », qui travaillent en coulisse à saper l’exercice légitime du pouvoir démocratique. Le pouvoir occulte des réseaux d’influence souterrain, c’est Joseph Paskin/André Dussollier qui l’incarne en cherchant à déboulonner son ennemi, le ministre de l’Intérieur (toute référence à l’affrontement fratricide entre Villepin et Sarkozy est ici sur-interprétation, hihi…). L’atmosphère du film est alors celle du salon feutré d’un grand hôtel parisien, d’une table étoilée, l’antichambre d’un ministère, un cocktail entre influents, bref tout un décorum alliant l’opulence à la discrétion. A côté de ces lieux qui représentent l’envers privé des espaces officiels de la prise de décision « publique », Pariser a aussi capté ces entre-deux, ces non-lieux, où la parole est peut-être moins susceptible qu’ailleurs d’être interceptée : allées d’un jardin public, banquette de taxi, aire de repos. J’ai aimé cette attention aux espaces qui  concourt au climat du film.

C’est sur ce terrain de chasse gardée qu’avance le personnage de Paskin/Dussollier, dont le métier consiste, dit-il, à « mettre des gens en relation ». Ainsi, dans une confidence d’initiés, il confie à Pierre Blum/Poupaud que le ministre qu’il cherche à déboulonner n’est que la partie visible d’un nouveau réseau d’influences, incompatible avec l’existence du sien. Au-delà de cette approche distanciée et cynique du pouvoir et de ses manigances, Paskin/Dussollier se révèle agi, dépassé par la dynamique de ses affects qui le pousse à se venger de son adversaire, jusqu’à signer son propre arrêt de mort. Ce n’est pas pour rien que Paskin/Dussollier est aussi cette figure du joueur de casino happé par son addiction, incapable de s’arrêter à temps. L’équivoque autour de ce personnage trouble m’a intéressée, quand l’anticipation froide du calculateur se mêle à la déraison pulsionnelle.

A partir de la figure de Paskin/Dussollier, l’Etat moderne est montré dans une tension permanente, traversé par des guerres civiles intestines. Lorsque dans le film le groupuscule d’ultra-gauche gravitant autour d’un dénommé Louis, alter ego de Julien Coupat (remember l’Affaire de Tarnac, lorsque Coupat et d’autres furent arrêtés et mis en cause dans le sabotage d’une ligne de SNCF), est « neutralisé » dans un délirant déploiement policier, il s’agit moins de prévenir les agissements d’un prétendu terrorisme de l’intérieur que de déclarer la guerre à l’adversaire politique (répliquer aux accusations de laxisme) par un puissant coup de semonce. C’est bien celui-là le « grand jeu » qui donne son titre au film, celui que se livrent dans une vaste partie d’échecs et de coups fourrés les émissaires invisibles de la République.

Encore une chose. Il y a une scène assez amusante (et totalement cynique) où un général bedonnant devise avec une journaliste politique. Le contexte est l’un de ces fameux déjeuners « off » lors desquels se dévoilent à mots couverts les intrigues du pouvoir auprès de journalistes avertis (la « petite phrase » qui fait les choux gras des médias et des conversations de bistrot est, quant à elle, réservée aux journalistes avec caméras et micros). Le général, qui est, par définition, un stratège de la guerre et des tactiques du pouvoir,  malmène un peu la journaliste politique avant de lui faire la leçon dans une tirade brillamment écrite :

1°) l’administration organise efficacement la ruine du pouvoir des élus  2°) la compétition entre les politiques qu’arbitrent des journalistes friands de « petites phrases » n’a rien à voir avec ce qu’est réellement LA politique : c’est au mieux une sorte de match sportif de première division commenté par des journalistes  3°) les élections (j’adore cette réplique!) : ce sont les gens de gauche qui votent à gauche et trouvent que la gauche n’est pas assez à gauche VERSUS les gens de droite qui votent à droite et trouvent que la droite n’est pas assez à droite. A la fin, il y a un gagnant mais le résultat est « purement démographique ». Conclusion : tout cela n’a rien à voir avec la politique mais est unifié par l’idéologie démocratique.

J’imagine que, vous aussi, la thèse du conspirationnisme d’Etat vous met plutôt mal à l’aise parce qu’elle est souvent manipulée par des gens pas très fréquentables. Je préfère une démocratie même verrouillée à pas de démocratie du tout. (parenthèse : Pariser, le réalisateur, dit que l’une des inspirations du film lui vient des Commentaires sur la Société du Spectacle de Guy Debord, « chef-d’oeuvre conspirationniste » et « pur exercice littéraire »). Parce que le film  est un medley de différents scandales de la Ve République (Affaire Boulin ; Affaire de Tarnac) il met à mal certaines croyances associées à la démocratie et à son idéal de transparence en particulier. Car dans ce film à l’ambiance crépusculaire, tout n’est qu’opacité.

« Il y a deux Histoires : l’Histoire officielle, menteuse, qu’on enseigne, puis l’Histoire secrète, où sont les véritables causes des événements, une histoire honteuse » – Honoré de Balzac.

Balzac au cinéma, oui.

Comme l’évoque Nicolas Pariser dans un entretien paru dans Le Monde: “La lecture de La Comédie humaine a été contemporaine de ma formation cinéphile. Balzac a été mon obsession. Je ne pensais qu’à ça. J’avais envie de faire le portrait d’un écrivain dans un monde politique souterrain avec des gens qui organisent des complots. » C’est plutôt marrant de voir combien Pariser insiste sur l’inspiration « littéraire » de son cinéma, comme pour faire contrepoids au regard désenchanté qu’il porte sur le monde politique. Je pense que c’est aussi une manière pour lui d’éviter que le discours sur son film (son premier long métrage!) dévie vers une simple discussion politique. Alors que je me raccroche aux dialogues (qui sont particulièrement travaillés), Pariser rappelle à bon droit que son cinéma est de fiction (ce n’est pas une adaptation de l’Affaire Tarnac par exemple), c’est-à-dire un discours de l’image et du montage!

Va bene.

À Noël, on m’a offert le dernier Davodeau, Cher Pays de notre enfance. Enquête sur les années de plomb de la Ve République (Futuropolis éd.).

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Petit rappel au sujet de l’expression « les années de plomb ». Elle désigne le plus souvent la décennie des années 70 marquée par la violence politique en Allemagne et en Italie principalement (bagarres de rue entre factions adverses, violentes répressions policières des manifestations d’opposition, puis attentats et enlèvements du personnel patronal et politique par la gauche armée). Après la flambée de 1968, le retour au calme (tout relatif) et la signature des Accords de Grenelle, la France aurait été épargnée par la violence du « terrorisme gauchiste » qui a embrasé l’Allemagne et l’Italie sous l’impulsion de la RAF (la Fraction Armée Rouge et sa « bande à Baader ») et des Brigades Rouges. Tel est du moins le récit officiel et grossièrement raccourci.

Et pourtant.  Le roman graphique de Davodeau tient à nous rappeler que la France aussi a eu ses années de plomb. Quatrième de couv’ : « Dans ces années-là, on tue un juge trop gênant. On braque des banques pour financer des campagnes électorales. On maquille en suicide l’assassinat d’un ministre. On crée de toutes pièces des milices patronales pour briser les grèves. On ne compte plus les exactions du Service d’Action Civique (le SAC), la milice du parti gaulliste alors tout-puissant. Cette violence politique, tache persistante dans l’ADN de cette Ve République à bout de souffle, est aujourd’hui largement méconnue ». 

Je fatigue un peu, vous aussi j’imagine, alors je vous épargne toutes ces sombres histoires de barbouzes, du SAC, et de financement pas très propret des partis politiques, dont le RPR (ex-UMP, actuel Front Républicain) sortit grand gagnant. Pourtant, c’est absolument passionnant. La bd est le fruit d’une véritable enquête, une investigation au long cours menée avec le journaliste Benoît Collombat. Davodeau excelle à mettre en dessin les entretiens, à transposer l’archive, le récit des témoins en vignettes noir&blanc, bref à recomposer par l’image dessinée les événements du passé tout en y restant aussi fidèle que possible. Au-delà des différents récits entremêlés, le fil rouge est celui de la violence politique, d’une violence née dans des contextes d’exception (la Résistance, la guerre d’Algérie) et de sa perpétuation problématique dans un état de droit.

J’ai vu et lu à quelques jours d’écart le film de Pariser et la bd de Davodeau pendant les « vacances » de Noël (ouais, j’aurais pu pondre ce billet avant. maintenant, si ça se trouve, le film n’est même plus en salle!). Inutile de préciser que j’étais plongée dans une drôle d’atmosphère où la réalité la plus crasse le dispute à la fiction.

Le-dernier-des-juges

A la fin de la bd, un texte de quatre pages écrites par le juge italien Roberto Scarpinato apporte sa caution au bouquin (Scarpitano, procureur général de Palerme, décrit comme « le dernier des juges », après les assassinats des juges Falcone et Borsellino par la mafia. bref, un mec qui vit sous protection policière depuis 25 ans et qui sait de quoi il parle).  Et bien vous savez quoi? Scarpinato commence son texte en reprenant la citation de Balzac sur les deux histoires qui, écrit-il, lui « est souvent revenue à l’esprit au cours de [s]a longue carrière de magistrat en Italie ». Derrière tous les assassinats sur lesquels il a enquêté, les complicités entre dirigeants et mafieux, le lien entre blanchiment et financements cachés, il y a ce que son ami le juge Falcone appelait « le grand jeu du pouvoir » : « l’histoire officielle relatée dans les manuels scolaires n’est que l’histoire qui se déroule sur le devant de la scène. Mais il existe une autre part de l’histoire qui se déroule dans le hors-scène et qui, bien que parfois décisive pour la suite des événements, est destinée à demeurer inconnue parce qu’elle porte le sceau du silence apposé par le pouvoir ».

En refermant la bd, j’avais l’impression d’avoir « bouclé la boucle » ouverte quelques jours plus tôt par le film. Mêmes références au « grand jeu », aux deux versions de l’histoire d’après Balzac. J’ai repensé à mon père passionné d’histoire qui, après avoir jeté un oeil à la bd de Davodeau (offerte par mon beau-frère) et à l’intégral du Beauf de Cabu (offerte en retour à mon beau-frère), m’a toisée : « c’est que d’la petite histoire tes bouquins! ».  Oui, c’est vrai. En refermant la bd, je me suis aussi souvenue d’un épisode brumeux dont quelqu’un m’a raconté avoir été témoin il y a bien longtemps où apparaissent un très haut officiel et sa voiture dont le coffre était chargé d’armes, et d’une injonction au silence. Je me suis dit que peu importe alors de ressasser sur « tous des pourris » ou bien « tout nous échappe », personne n’est vraiment dupe. Certains militent contre l’oubli, la justice finira bien par faire son travail, par rouvrir ces dossiers d’ici quelques années.

En fait, quand j’ai commencé ce billet, je voulais surtout vous parler de l’autre pan du film, de cette jeunesse apparentée à l’ultra-gauche, de la désillusion envers l’engagement portée par Pierre Blum/Melvil Poupaud, d’une certaine conception de l’amour et de la vie, de nos années 90-2000. Autant de choses dont je me sens à la fois proche et distante mais qui ne me laissent pas indifférente. Du tout.

La suite dans le prochain billet.

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bonne année 2016

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Tel le phénix qui renaît de ses cendres après un premier janvier tout en langueur, je reviens ragaillardie, licorne cabriolante dans le vaste océan des ondes de l’internet, vous souhaiter une très bonne année 2016!

Ahhh, les voeux……

Depuis quelques années déjà, j’ai  réglé le problème en m’accordant la liberté de ne pas envoyer de lettres de voeux, ultime rebiffade en souvenir de fastidieuses sessions d’écriture imposées pendant les vacances de Noël. Manifestement, je suis super hasbeen car d’après les informations à la radio ce matin : primo les vendeurs de cartes sont dépassés par la demande ; deuzio personne ne sait combien coûte un timbre mais c’est normal car son prix vient d’augmenter de 28% dixit la syndiquée des ptt.

Clairement, à côté de l’exercice infligé (écrire chaque année, à la même époque, à mon parrain et à ma marraine – le minimum familial syndical- et, perfectionnisme oblige, se renouveler d’une année à l’autre sinon c’est trop facile!), les ateliers de la bande des Papous dans la tête ou les contraintes formelles de l’Oulipou, laissez-moi vous dire que c’est de la franche rigolade!

Je ne sais pas comment ça se passe pour vous mais chez moi l’inspiration se fait toujours la malle dès lors que je m’attelle à la rédaction d’un de ces courriers traditionnels au premier rang desquels la  carte de voeux, talonnée de très près par la lettre de condoléances et, pire que tout (pour l’inspiration j’entends) la lettre de félicitations (un mariage, une naissance). Même les sms du 1er janvier ça me gonfle. Toute modestie gardée, je suis un poil plus douée pour les mots de remerciements (en fait non, je pipeaute, ça fait deux mois que je dois remercier une connaissance pour un ouvrage gracieusement envoyé. à ma décharge, je l’ai reçu le 13 novembre dernier et, en plus, le bouquin est mauvais). Ce que j’écris est inintéressant au possible mais j’m’en fiche, mon blog fait aussi pense-bête et ici j’suis chez moi! En 2016, Aubépine prend le pouvoir!!

Aubepine prend le pouvoir

Avec vous tout est différent !!!! Le fait que vous me lisiez n’a absolument rien à voir avec l’amour que je vous porte!  Aussi ai-je envie de vous adresser des quintaux de beauté pacifiée, des photos avec des zanimaux trognons pour réchauffer vos ‘ti coeurs…

coucher-soleil-dauphins

UNE BELLE ET BONNE ANNÉE À VOUS TOUS MES MARSOUINS !! et aussi à vous, lectrices et lecteurs chéri(e)s. 

 

ps : j’ai failli succomber à la tentation du Lolcat, j’étais à deux doigts!

 

Et toi, c’était comment ton année?

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Moi Je

Étrange année que celle qui vient de s’écouler.

Il y a ces journées, ces semaines de janvier et de novembre qui resteront tristement gravées. Et puis ce drôle de printemps de décembre qui me donne l’impression que, séparément et collectivement, nous dérivons, nous dérapons.

Il y a 364 jours exactement, je me réveillais la voix éraillée et les bronches enflammées. Ce n’était pas d’avoir trop chanté et fumé la veille, j’étais déjà dans un état comateux au soir du réveillon et c’est sans allégresse que j’avais trinqué à la nouvelle année, une tasse de grog brûlant à la main, pressée d’aller me coucher. J’avais fini l’année épuisée. La première nuit passée dans ce chalet de montagne non chauffé, par -15°C, a eu raison de mes défenses déjà amenuisées. Alors ce matin-là, assise dans le lit, je regarde le paysage étincelant de blancheur. Tout à coup, je me sens terriblement vulnérable, ma résistance lâche et ce sont les sanglots qui m’étranglent.

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À peine un mois plus tôt, je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait, de cette rupture brutale, apparemment sans signe avant-coureur, advenue en même temps que les premiers frimas. C’est un violent séisme, je regarde impuissante « mon » monde s’effondrer, l’onde de choc se propager dans mon entourage stupéfait. Très vite, je pressens que je n’ai rien d’autre à faire que d’accepter, de ne pas me débattre contre la souffrance qui m’anéantit, de toute manière le combat serait vain. Je sais que je dois la laisser faire sa sale besogne et qu’en l’état, je ne peux que l’observer, l’habiter même, si je ne veux pas qu’elle me terrasse. Cette expérience d’acceptation (et non de résignation) me permet de me remettre « facilement » sur pied, avec le soutien de mon entourage proche.

La rupture est un déclic. Je prends conscience que je me suis longtemps voilée la face et je découvre, interloquée, la puissance du déni. C’est sans doute l’une des raisons pour laquelle je n’en ai pas voulu à mon ex (c’est bien connu, ne pas être dans la haine aide à faire passer la pilule, à ne pas se laisser happer par le ressentiment blablabla …. mais c’est hyper efficace) (et en plus je me suis assurée une réputation pas piquée des hannetons de meuf stoïque dans l’adversité 😉

Car en me quittant, il m’a (il nous a) affranchie(s). J’avais beau être amoureuse, je me suis laissée grever par un poids. Y pèsent la peur de l’inconnu, la volonté de ne pas baisser les bras, la force des conventions sociales et familiales. Quelque chose s’est insidieusement ratatiné. J’avais répondu à ce qu’on attendait de moi mais aussi à ce que je pensais souhaiter ardemment parce que, comme tout un chacun, j’ai besoin de repères stables. Pourtant, j’avais beau le nier, je me sentais dans un carcan, je déprimais doucement mais je pensais que c’était le boulot (Ah oui, parce qu’on est cumulard ou on ne l’est pas : le boulot, c’est un peu la mouise aussi, hihi!!)

Je me rends compte que j’éprouve un certain soulagement, très ténu au début, bien plus manifeste ensuite  : j’ai joué le jeu, j’ai parfois triché c’est vrai, j’ai perdu. Alors on est quitte, laissez-moi mener ma vie comme je l’entends et ne vous inquiétez pas pour moi. Je ne sais pas où tout cela me mènera mais, benoîtement, j’ai plutôt confiance (sauf en ma retraite). Si je résume une fois de plus ce qui m’est arrivé, c’est très simple en fait (c’est surtout très universel): je me suis bâtie un cocon protecteur sur des bases pas très solides (l’histoire des trois petits cochons, vous vous souvenez?), les murs de mes croyances se sont fissurés, j’ai plâtré comme un sagouin, la tornade a achevé de tout balayer. Bim bam, d’un coup je me retrouve à poil, désarmée, l’orgueil en miettes. Je rassemble les morceaux infrangibles, ceux qui gisent épars mais intacts, et je repars à l’aventure, avec mon indéboulonnable curiosité et ma propension ridicule à la métaphore, dans le grand merdier de la vie, youpi !!!

(d’ailleurs, j’ai un peu passé l’année à me fixer des challenges partant du principe qu’il était grand temps de m’assumer seule, sans le regard en miroir de l’autre. j’ai réussi, j’ai échoué, et rebelote, j’ai repris confiance en tout cas).

Après quinze années passées en couple de manière presque continue (pas avec le même hein) (parfois avec des petites latences de quelques mois quand même), j’ai découvert le célibat. Pour être honnête, je me le suis imposée pour une période assez longue qui n’a toujours pas expiré.

C’est marrant parce que je le vis plutôt bien, comme l’octroi d’une immense liberté que je n’ai de cesse d’explorer…. et pourtant, je ne l’assume pas trop. Par exemple, je me sens souvent obligée de préciser que quand même j’ai quelques amants réguliers. En fait, j’ai peur qu’on me colle une vilaine étiquette de « fille seule ». Je me souviens qu’à l’époque où j’étais encore une « fille en couple », j’étais persuadée qu’un individu n’était célibataire que par défaut, aspirant plus ou moins secrètement à rejoindre le statut envié, que dis-je, le « graal », de la vie en couple (à part les gros queutards hein, les autres – comme moi aujourd’hui – ne pouvaient que feindre la satisfaction ou l’indifférence à leur triste sort). Le fait est qu’autour de moi, ceux et celles qui n’ont jamais eu de longues histoires ont déployé (ou déploient) énormément d’efforts pour rencontrer l’âme soeur, ce qui ne faisait que me confirmer dans mon préjugé. Certain(e)s l’ont trouvée grâce au Chasseur français de l’ère du 2.0 (happn, tinder, adopte-un-mec et consorts) et semblent immensément soulagé(e)s (parfois à défaut d’être épanoui(e)s), d’être passés de l’autre côté de la barrière.

Quand j’y repense, qu’est-ce que j’ai pu être lourdaude avec mes questions innocentes, quand je m’enquérais de la situation sentimentale de mes amis célibataires. Haha, la roue tourne et maintenant c’est moi qui ai droit aux regards de sincère commisération de la part de copines bienveillantes. Encore un de ces trucs qu’on se fait subir entre nanas, avec une perversité plus ou moins inconsciente, dont l’un des mérites (et non des moindres) est de nous faire entrer dans le moule. En somme, que je parcoure le chemin inverse, à contretemps de surcroît (oui, je suis en âge de procréer – vaste sujet, on y reviendra 😉 jette une ombre de soupçon sur ma douce personne.

Zut, je suis en train de m’appesantir sur un sujet sur lequel je voulais rester discrète parce que je n’ai pas pour intention de tenir un journal intime sur ce blog!! Je clos le chapitre mais j’y reviendrai, par un détour ou par un autre, notamment quand j’aurai lu – parmi d’autres bouquins qui s’encrassent de poussière à mon chevet – le livre de la sociologue Eva Illouz, Pourquoi l’amour fait mal. L’expérience amoureuse dans la modernité. En attendant, vous pouvez jeter un oeil à cet entretien, c’est fort intéressant et, surtout, ce n’est pas de la psychologie!!!

Bref, en 2015 je redécouvre la joie de journées et de soirées entières consacrées à la lecture sous couette. Le retour compulsif à la lecture est antérieur mais il a pris son plein essor au cours de cette année. Surtout, j’ai commencé à lire massivement des essais, en plus des romans. Parmi les livres que j’ai dévorés peu de temps après la rupture figuraient les entretiens menés avec le politologue et spécialiste de l’islam, Olivier Roy, En quête de l’Orient perdu, qui venaient alors de paraître. J’adore les biographies agencées sous la forme d’entretiens parce que ça permet de découvrir d’une part un itinéraire de vie ancrée dans l’engagement politique, intellectuel, proche du terrain et, d’autre part, d’avoir un accès facilité à la pensée d’un auteur en s’épargnant les lourdeurs de la prose académique.

Olivier-Roy-En-Quête-de-l'-orient-perdu-Seuil

Olivier Roy, En quête de l’Orient perdu. Entretiens avec Jean-Louis Schlegel, Paris, Editions du Seuil, octobre 2014, 324 p.

Cette lecture décisive et à point nommé m’a aidée à me décentrer de mes malheurs de femme trahie, à en pointer le dérisoire vaudevillesque, comme à me reconnecter à certains enjeux historiques et contemporains. À comprendre qu’une vie ne se réduit pas uniquement à une liste d’acquêts symboliques et matériels. J’étais sur la bonne voie! Bonus supplémentaire : quand quelques semaines plus tard ont eu lieu les attentats de janvier, j’ai évidemment été profondément choquée par l’horreur des faits mais j’avais cette béquille de l’analyse à laquelle me raccrocher (Olivier Roy est, à mon avis, l’un des observateurs les plus perspicaces du lien entre « islamisation de la radicalité » et sécularisation des sociétés).

Contrairement aux idées reçues, la lecture n’est pas forcément synonyme de repli ou d’asocialité. ou pas que 😉 parce qu’en acceptant de se laisser porter par la pensée d’un autre, en se rendant disponible à une vision du monde traduite par la littérature, on élargit ses horizons. Vient le moment où l’envie d’échanger, de rencontrer de nouveaux visages, de se confronter à d’autres points de vue, devient plus pressante. En 2015, j’ai beaucoup rencontré, échangé, parfois de manière superficielle, parfois pas. Différemment d’avant je crois. Du moins, j’ai essayé de ravaler mes appréhensions et de me défaire de mes préjugés en allant vers les autres. Je crois y être parvenue un temps même si, à l’heure de ce bilan de fin d’année, force m’est de reconnaître que mon indulgence est en train de se laisser distancer par ma tendance au jugement, à la détestable « mise en boîte » des gens.

Automne 2015 : allez savoir pourquoi, après avoir mouliné pendant plusieurs semaines, je saute le pas, j’ouvre ce blog. Je suis heureuse de vous savoir de passage sur ces pages et je frétille à chaque fois que l’un de vous prend la peine de déposer un commentaire. Alors à mon tour de vous demander ce que vous garderez de cette année. Votre pire souvenir, votre meilleur moment, votre plus grosse honte, vos petits ou grands succès, ce genre de choses quoi.

les illustrations en une de ce billet sont de Valérie Linder et appartiennent à la série « patienter le temps ».

Les enfants préfèrent les jeux vidéos à la choucroute

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La vie moderne / Non classé

Pour avoir la lubie d’ouvrir un blog, il faut d’abord avoir goût à ceux des autres. Longtemps lectrice de l’ombre, j’ai attendu des années avant de sortir de ma cache pour ajouter ma voix à celles des commentateurs, pour me hasarder dans la mêlée que fédèrent ces blogs. J’y ai vite pris goût. Une fois ce cap franchi, j’ai très vite eu l’impression  que, parce que je n’étais plus seulement observatrice passive de ces flux d’échanges, j’avais mis un pied de « l’autre côté du miroir ». Malheureusement, je suis incapable de me cantonner à quelques brèves de lignes de commentaires. Alors, de fil en aiguille, j’ai fini par songer à créer mon propre blog, notamment pour étayer ici des réflexions que je ne pouvais que balbutier ailleurs. Au même moment, j’ai remarqué que mon rapport aux blogueuses dont je commentais les textes avec régularité évoluait vers une forme de sympathie, aussi virtuelle et unilatérale fût-elle, et que ma fidélité  de lectrice s’en trouvait renforcée.

Que je sois en porte-à-faux avec certaines positions exprimées par leurs auteures ne m’empêche pas de continuer à les lire avec intérêt et assiduité. C’est parfois le cas avec le blog Café Mode de Géraldine Dormoy qui de la mode, s’est progressivement ouvert à des thématiques connexes (lifestyle, éducation, économie et marketing du web). Autant de sujets que je n’aborderai que très rarement ici ou dans une perspective sans doute diamétralement opposée. Pourtant, au-delà de nos divergences, je suis charmée par son « timbre » d’écriture, précis et sans affectation, saisie par la cohérence de ses billets d’une thématique à l’autre et par sa capacité à se mettre en question pour avancer.

Long prologue pour introduire ce billet, qui n’est en fait qu’un commentaire augmenté en réponse à une sollicitation de Géraldine Dormoy. J’étais déjà bien engagée dans la rédaction de mon pavé (avec impossibilité formelle de sauter des lignes) quand je me suis ravisée pour activer cette merveilleuse fonction du copié-collé. Comme je suis tout sauf geek (même si j’ai un blog ce qui me semble être le comble de la schizophrénie), les codes de la politesse du web me font parfois cruellement défaut. (Avis aux amateurs : la rédaction en quelques points d’un petit Traité des bonnes manières à l’ère du web 2.0). Par défaut, je recours aux conventions apprises dans la « vraie » vie, si bien que j’ai l’impression de commettre une énorme muflerie en détournant momentanément un filet du trafic de la page de Café Mode vers la mienne! Mille excuses Géraldine!!

Bref, pour entrer enfin dans le vif du sujet, dans la revue du web hebdomadaire compilée par Géraldine, figure un entretien avec l’écrivain allemand Richard David Precht paru dans le magazine Clés.  

Portrait Richard David Precht

Richard David Precht, son portrait sur wikipédia

En googlisant après-coup R.D. Precht, je tombe sur la description d’un journaliste allemand du journal Der Stern : «Il n’y a donc pas qu’en France qu’on trouve des philosophes à la chemise toujours largement ouverte, qui parlent si bien de l’histoire des idées qu’ils attirent l’attention des belles femmes. Chez nous aussi à présent, Richard David Precht donne à un contenu sérieux et passionnant une bonne dose de sex-appeal.»

De même que notre cher BHL est né en mai 1977 dans l’émission « Apostrophes » de Bernard Pivot, de même RDP a été lancé dans l’émission d’Elke Heindenreich, « la Bernard Pivot allemande ». Ces naissances cathodiques sur les plateaux télés, ça me rend jouasse. Néanmoins, je passerai outre l’indigente présentation par l’intéressé lui-même de la structuration du champ occupé par les intellectuels en France et en Allemagne.

Au risque d’enfoncer des portes ouvertes, pourquoi confondons-nous sans cesse polémistes médiatiques et intellectuels? Que l’intellectuel ne soit ni issu du sérail corporatiste de la rue d’Ulm ni agrégé de philo, ni même de gauche, soit. Être un intellectuel ne se réduit cependant pas à l’occupation des plateaux télévisés pour exposer des opinions dans l' »air du temps », en prétendant aller contre la « bien-pensance ».  La légitimité médiatique ne fait pas tout. Au-delà de sa crédibilité scientifique, le rôle de l’intellectuel n’est-il pas de nous donner à penser plus, dans la complexité et non dans la simplification? D’éclairer d’un jour nouveau les questions qui engagent la société?

Mais je m’égare car là n’est pas le fond de l’entretien qui traite du projet de Richard David Precht pour « l’école et la pédagogie », de « son utopie éducative pour le XXIe siècle » [sic]. A savoir : « l’école comme lieu du bon temps qui stimule l’esprit créatif et le bonheur d’exister« . Ni plus, ni moins.

La solution miracle que préconise Precht à la crise de l’éducation (le sujet qui buzze par excellence) repose sur un double constat : 1) à l’école on s’ennuie (c’est pas faux!) parce qu’on a perdu la motivation (c’est déjà moins exact). 2) l’école n’est pas adaptée au monde (au marché) contemporain.

En effet, en 2015, l’enfant n’a plus le droit de s’ennuyer. Je ne comprends pas pourquoi cette injonction n’a toujours pas été intégrée à la Convention internationale des Droits de l’Enfant. Car l’ennui est « un crime » et « un gaspillage ». C’est bien connu, lorsqu’on s’ennuie, il ne se passe rien, la personnalité ne se construit pas, votre encéphalogramme est à plat… Maintenant, on en a la preuve scientifique rapportée par Richard David: « l’immobilité physique du jeune humain est nocive à son fonctionnement cortical si elle dépasse un quart d’heure. Bouger est pour lui vital, la psycho-neuro-immuno-endocrinologie [je veux faire ce métier plus tard pour que mon gamin se marre en remplissant la ligne « profession de la mère »] l’explique bien« . Pour ma part, je me suis royalement ennuyée pendant l’enfance (« maman, j’m’ennuie, j’sais pas quoi faire »), à l’école aussi, je suis donc atteinte de sévères malformations cortico-neuro-psycho-pathologiques. Pourtant bonne élève, je crois que ce sont moins les programmes que les profs eux-mêmes qui ont contribué à mon ennui. Attention : je ne veux surtout pas passer pour celle qui casse du sucre sur le dos des profs, je ne les tiens pas pour directement responsables (connaissez-vous ce message vocal automatique d’une école australienne? cliquez c’est rigolo). Être « bon parent » ou pédagogue n’est pas inné pour tous et comme personne ne vous y forme, ça ne s’apprend pas si facilement.

Avec un peu d'imagination les bouteilles deviennent de véritables concurrentes de Barbie (2)

À chaque mal, son remède. Le sien : « explorant systématiquement toutes les recherches en pédagogie dans le monde, j’ai abouti au système suivant […] l’essentiel de l’éducation s’organiserait autour de « projets » conçus sur plusieurs mois, voire plusieurs années, regroupant les enfants par goût, affinités, centres d’intérêts. De petits groupes d’une quinzaine d’élèves s’organiseraient autour de thèmes qui les passionnent« . Mais quelle riche idée!! j’imagine une année à monter et alimenter un vlog beauté pour les unes, à révolutionner la physique quantique pour les autres, au seul choix des élèves, hihi! Excepté peut-être le programme d’histoire imposé à ma classe de CE1 par Mademoiselle Abécassis, mon instit’ d’alors, dédié à la révolution industrielle et la révolution des suffragettes (sur une année entière, oui) (7 ans, l’âge de raison certes mais je n’étais pas assez mature sans doute) (le pire c’est que ses chouchouttes étaient les deux filles en robe à smocks de la classe), je voudrais croire que tout sujet peut se révéler passionnant s’il est bien amené (c’était peut-être là le fond du problème).

Jean-Maurice et Dominique racontent la vie du cheveu à des écoliers du cours élémentaire

Quand même, parce que notre « philosophe » allemand est féru de mathématiques, de neurobiologie, de sciences cognitives (de sciences bien dures qui en imposent au crétin commun des mortels), il admet quelques sauvegardes, moyennant accommodations, de l’ancien système scolaire : « quelques rares matières fondamentales, peut-être les maths et les langues, pourraient continuer à faire l’objet d’un enseignement classique ». Ah, ouf, oh, soupir de soulagement! Il y aura encore une base d’enseignement commune à tous! Ne sacrifions surtout pas les maths, c’est très important. Dans un monde dominé par la finance, ça serait ballot de ne pas savoir faire une division à trois chiffres. Pourtant, si on suit son argument (celui du digital native qui a toute la connaissance à portée de clic) s’il y a bien une capacité qui peut-être déléguée à un ordinateur, c’est bien le calcul. Quant aux langues, les Allemands sont bien meilleurs que nous pour leur apprentissage mais en France, s’il n’y avait qu’un enseignement à réformer de fond en comble, ce serait bien celui-là!

Quid des « matières éloignées de [l]a vie [de l’enfant] » que le bon sens pragmatique néglige avec mépris? Lettres, histoire, géographie, philosophie, arts, éducation civique? Parce que ça ne rapporte sert à rien et que ça « ennuie », on arrête? Ni effort, ni ennui. Pourtant, s’il y a bien quelques matières qui ont pu me galvaniser pendant mes années scolaires, c’étaient bien celles-là (sauf la philo, merci monsieur B.) Une chose est sûre, raviver le débat entre ceux qui assènent qu’à l’heure d’internet, rien ne sert d’apprendre puisque tout est à portée de main et leurs contradicteurs qui pensent que ce n’est pas parce que tout (?) est accessible que tout est lu, raviver ce débat donc, ça fait de l’audimat, surtout si le type est télégénique (et moi ça me donne un sujet de billet).

À un moment de l’entretien, parce que notre ami « philosophe » ne peut pas  seulement en référer aux seuls « neurocognitivistes, psychologues du développement, évolutionnistes, linguistes, anthropologues » en restant sur une posture évasive, il lui faut convoquer une citation d’autorité, celle de Wilhelm von Humboldt en l’occurrence. J’vais pas balancer mais Precht choisit l’une des tartes à la crème de la référence en matière éducative (la Bildung) pour les Allemands. Et puis je ne voudrais pas non plus passer pour l’arrogante de service, si défiante qu’elle soupçonnerait presque le philosophe d’avoir pioché sa citation dans un dictionnaire pour faire copain-copain avec le peuple, non, non, je suis confite de respect: « L’essentiel est d’apprendre à apprendre », disait donc feu Humboldt, le fondateur de l’université de Berlin. et plein d’autres types de l’éducation nationale depuis les années 1970. J’aime beaucoup l’idée « d’apprendre à apprendre », j’aime aussi l’idée d’apprendre à comprendre, d’apprendre à réfléchir, et aussi d’apprendre à exercer son jugement critique.

Mais ma critique la plus importante réside ailleurs : dans le fait de vouloir refondre l’école dans le moule des exigences du nouveau capitalisme. « Le monde des grandes entreprises est souvent plus éclairé que nos écoles qui continuent à fonctionner, au fond, sur le modèle de la société industrielle vieux de plus d’un siècle. […] [pour sortir du système pyramidal tayloriste] il s’agit désormais d’inviter tous les enfants à devenir des « créateurs de projets de vie » imaginatifs et autonomes, conviviaux et polyvalents ». Au cas où vous ne seriez pas bien attentifs parce que votre capacité à me lire commence à s’émousser (et en plus c’est les vacances scolaires), je répète après David le yakafocon de la nouvelle éducation  » plus ouverte à l’imagination et à l’intelligence relationnelle, conduisant à épanouir une curiosité polyvalente plutôt qu’une spécialisation de type industriel ».

Traduction : l’école doit devenir l’expression la plus avancée des modes de production de la nouvelle économie et des relations d’emploi occasionnées par les mutations du capitalisme . En développant les valeurs d’innovation, de créativité, de flexibilité, de motivation, de convivialité, d’épanouissement de soi, d’identification à la performance [j’ai zappé de vous parler du remplacement des notes par le contrat], l’école doit acclimater ses élèves à l’esprit néobouddhiste blabla du management des entreprises les plus « avancées » du néolibéralisme. C’est l’école de l’entreprise du bonheur où ton patron chausse des converses. « L‘école doit redevenir un lieu de bon temps qui stimule l’esprit créatif et le bonheur d’exister« . Et le monde sera harmonieux, amour, gloire et beauté (ça fait plus de deux siècles qu’on s’époumone à scander liberté-égalité-fraternité sans jamais y arriver, il est grand temps de changer de devise!). Je suis un peu old school mais la vision de l’école à projet unique (totalitaire), ça me fait flipper.

Pour conclure :

avec un peu d'entrainement et beaucoup de volonté les enfants sont de véritables clowns

nota bene : toutes les citations en italique sont de Richard David Precht.

L’autruche peut mourir d’une crise cardiaque en entendant le bruit d’une tondeuse à gazon

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Art / Livre / Film / Scène / Non classé

On ne se connaît pas encore très bien mais ça ne vous aura pas échappé que je ne suis ni très régulière ni très organisée (j’y reviendrai bientôt au moment des “bonnes résolutions”). En attendant des billets un peu plus chiadés sur des sujets qui me turlupinent et m’engagent davantage, et pour ne pas émousser davantage votre patience, j’espère que vous saurez vous contenter de ces marronniers de la blogosphère  : aujourd’hui, les cadeaux de noël, bientôt les résolutions, entre les deux je zappe l’horoscope (n’est pas Simon Liberati ou Elizabeth Teissier qui veut).

J’espère que vous apprécierez ma dévotion à sa juste mesure parce qu’en vrai, je déteste noël. J’aurais plein d’anecdotes à vous raconter là-dessus mais je n’aimerais pas briser la douce harmonie de cette période de fêtes avec mes histoires de causette. Surtout que comme pour certains le grand chelem commence dès ce weekend avec le noël des cousins, des copains, des grands/beaux-parents, que sais-je encore, j’ai bien conscience que tous vos efforts visent à préserver l’intégrité de vos ressources d’énergie, d’empathie et de bienveillance afin de traverser les festivités en toute sérénité. Je vais donc être bonne pâte et glisser quelques suggestions de cadeaux aux moins inspirés d’entre vous :

Quelques remarques en préambule :

1°) je ne suis absolument pas manuelle, je n’ai pas d’imagination, je ne sais pas dessiner/coudre/tricoter/bricoler/chanter alors pour les cadals que je vous propose, va falloir mettre la main au portefeuille.

2°) je fais partie de ces gens qui jamais n’offriront : le cadeau high tech ou le truc connecté du moment ; de smartbox (ou équivalent) ; de coffret de savons, boules de bain, lotion après-rasage et autres trucs odorants de chez séphora/lush/etc.

3°) Découlant du précédent point : comme j’aime bien me prendre la tête, je m’efforce autant que possible de faire des cadeaux personnalisés. Donc les listes toutes faites, comme celles que je vais vous proposer,  ne me sont souvent d’aucun secours, ha ha! (si ça peut vous rassurer, je suis plutôt douée pour choisir et offrir des cadeaux).

4°) Y a deux sortes de catalogues de vente que j’aime bien consulter à mes heures perdues : celui de la boutique de la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux) ; ceux du Vieux Campeur (plusieurs volumes bien compacts, chacun du poids  d’un annuaire « pages jaunes ». Par souci écologique, je propose de supprimer définitivement la distribution des pages jaunes dont tout le monde se fiche désormais pour que je puisse compulser sans culpabilité ceux du Vieux _ une mine de trésors!). Depuis quelques années, j’ai pris l’habitude de feuilleter celui de la LPO avant les fêtes pour y glaner quelques inspirations. Alors, une pensée en amenant une autre :

Dinde de Noël_

Parce que Noël, ce n’est pas que la dinde aux marrons et le foie gras (dans ma grande mansuétude, je vous épargne le rappel en image du gavage des canards, parce que c’est vraiment dégueulasse/inhumain/barbare et que j’ai bien pris note que vous deviez conserver tout votre appétit pour les semaines à venir. Mais aussi parce que, mea culpa, je n’arrive pas à résister à une tranche de foie gras lorsqu’elle se présente dans mon assiette ou sur un toast, ne me jugez-pas…), j’ai eu envie de vous proposer de jolis cadeaux sur le thème de  :

LA  VOLAILLE … et, par extension, des oiseaux.

Franchement, si vous voulez faire un effet boeuf autour du sapin, la déclinaison mono-thématique s’impose (ou pas). Pour vous simplifier la lecture, j’ai organisé la liste par « âges de la vie ». Attention : ce n’est pas parce que je donne dans le thème nature-friendly que mes cadeaux sont écolo, j’ai pas regardé leur empreinte carbone.

Pour les petits (0-6 ans)

Flensted hirondelle 2

Mobile Flensted vol d’hirondelles

Je suis une grande fan des mobiles flensted : ils sont d’une poésie folles, aériens comme il se doit, et se déclinent en de multiples motifs. Ici, un vol d’hirondelles, mais j’aurais aussi bien pu prendre les cigognes ou les oies sauvages. Mes préférés (sauf qu’ils n’entrent pas dans le thème du jour), ce sont les montgolfières multicolores, les voiliers, mais il y a l’embarras du choix. Ce n’est pas très cher et ça fait aussi d’excellents cadeaux de naissance.

Je ne me lasse pas non plus des créations en crochet d’Anne-Claire Petit. Comme Flensted, ce sont des marques que j’ai découvertes le jour où je suis devenue la marraine d’un adorable piou piou. Mais dans les deux cas, il y a aussi des objets plus décalés ciblés adultes.

Smallable, famille canard, Ambitoys

Ambitoys, A duck life

Pour le bain, la famille canard, par Ambitoys, grand classique du jouet pour enfant.

En fait, pour les gamins, c’est pas bien compliqué, les possibilités sont si nombreuses. Voici une sélection de livres pour enfants qui ont un chouette univers visuel :

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Julien Roux, Les Oiseaux, 2014, éditions les fourmis rouges, 40 p. à partir de 3 ans. 16,50 €._ Vrai coup de coeur pour ce livre illustré au gros feutre, qui raconte différentes étapes de la trajectoire d’un oiseau, à chaque page différent, depuis le nid aux grandes migrations.

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Camille Révillon, Mes beaux oiseaux, Hélium, 2015, 54  p. 10,90€. Hélium est une maison d’édition bien connue des amateurs de pop up. Mes beaux oiseaux se présente comme un imagier savant et joliment illustré, pour aiguiser le regard et les connaissances des enfants comme de leurs parents.

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Jean Roussen, Emmanuelle Walker, Beaux Oiseaux, Gautier & Laguereau, 28 octobre 2015, dès 6 ans, 16,90€. Beaux Oiseaux et superbe livre. (édit du 25 décembre 2015)

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Martin Waddell, Patrick Benson, Bébés Chouettes, Ecole des Loisirs, 1993 (2-4 ans). Non, je ne suis ni mère, ni bibliothécaire jeunesse mais je suis ravie d’avoir quelques naissances autour de moi pour redécouvrir avec une joie enfantine l’immense domaine du livre jeunesse. Je suis tombée récemment sur bébés chouettes qui racontent de manière adorable l’angoisse qui saisit ces petits hiboux une nuit où leur maman a quitté l’arbre protecteur. Les aurait-elle abandonnés?

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Arnold Lobel, Hulul, Ecole des Loisirs, 1976 (7-10 ans). Connaissez-vous Hulul? Des livres que je vous présente, c’est le seul que j’ai lu enfant. Que je l’ai aimé! Hulul, c’est un hibou un peu vieux garçon, hypocondriaque, dépressif et très peureux qui pleure toutes les larmes de son corps dans sa bouilloire avant de s’en faire un thé; qui s’inquiète de l’apparition impromptue de deux intrus sous sa couette, deux grosses bosses qui s’agitent à chacun de ses mouvements…. C’est terriblement drôle ET mélancolique. Par Arnold Lobel, qui est un peu le Modiano de la littérature jeunesse.

Dans les imagiers et/ou livres sonores/musicaux, voici deux suggestions :

Pour l’âge ingrat :

Puisque vous allez forcément être à côté de la plaque, autant faire les choses bien. A moins d’oser offrir une cure d’amaigrissement au centre « Les Oiseaux » de Sanary-sur-Mer à votre neveu/nièce obèse (le seul résultat de ma requête google « adolescent + oiseaux »), je vous suggère deux investissements de compétition :

La Hulotte

Barberousse le rougegorge

Un abonnement au magazine La Hulotte, « le magazine le plus lu dans les terriers ». C’est pas très cher (27€ pour 6 numéros, 1 par semestre), c’est génial et en plus je vous garantis qu’il sera lu par toute la famille, adultes compris. Le dernier numéro raconte  deux longues histoires, celle Barberousse le rougegorge et de Madame Lynx et ses chatons. C’est rigolo, illustré un peu comme un fanzine, très bien documenté. C’est cet article paru dans Télérama qui m’a donné envie de m’abonner (je ne le regrette absolument pas). Si vous hésitez à franchir le pas, jetez un oeil à l’article qui raconte cette étonnante aventure éditoriale.

 

mouette_pl

Des BD de Gaston Lagaffe!! Pour rester dans la thématique, assurez vous au préalable que la mouette rieuse figure bien dans le numéro que vous aurez choisi (cf. ce lien).  L’ado vous sera éternellement reconnaissant de lui avoir trouvé une diversion pour s’éclipser de l’interminable festin de Noël.

Aparté bobo(e)s

Pour ta cousine ou ta frangine, voici deux marques de bijoux fantaisie dont les créations un brin kitschouille darderont leurs étincelles pop vers les yeux de leurs cop(a)ines émerveillé(e)s :

Ci-dessus, les créoles animalières des bijoux Nach (figurine en porcelaine peinte à la main, laiton doré): je les trouve canon. J’hésite depuis un moment à m’en acheter une paire mais elles valent quand même entre 65 et 75 euros et je ne suis pas sûre de les porter très souvent.

Ci-dessous, les bijoux brodés à la main de Macon&Lesquoy. (attention, minute transformiste, je vire blogueuse mode) : ça ne vous aura peut-être pas échappé que les broches ont fait leur grand retour  cet automne. En ce qui me concerne, j’aime beaucoup les trucs qui ne servent à rien, sauf à faire joli peut-être. Sur un caban sombre, ça claque et en plus c’est unisexe (si vous appartenez à la catégorie des bobos urbains parisiens (pléonasme?) j’entends) :

 

L’oiseau, source d’inspiration des designers-ès-luminaires (en croisant oiseau+origami, vous trouverez un humus fertile à l’imagination. je vous renvoie au blog d’Euphrozine qui a consacré pas moins de trois billets à son obsession origami):

Umut Yamac Perch Light_3

Umut Yamac, Perch Light, http://www.umutyamac.com/Perch-Light

Mathieu Challières, volière_3

Les Volières de Mathieu Challières  http://www.challieres.com/voliere.html

(pour la volière de Mathieu Challières, si vous n’avez pas envie d’aller passer votre samedi aprèm chez Fleux ou chez Conran Shop qui la distribuent, vous pouvez aussi essayer la version DIY. Les tutos fleurissent sur le net).

Pour rester dans l’esprit « amateurs de design », j’aime beaucoup les figurines, jouets en bois du Danois Kay Bojesen (1886-1958), particulièrement son singe en bois qui se « crochette » à n’importe quelle étagère:

(Spécial kasdedi au lecteur/à la lectrice du Danemark qui passe régulièrement jeter un oeil à ces pages. n’hésitez pas à sortir de votre cache dans la partie commentaire de ce blog) (ou comment racoler activement ses lecteurs/lectrices 😉

_ La pause coucou _ 

Coucou horloge_1Je jette un oeil à l’heure et je constate effarée que c’est fou le temps que ça prend me prend d’insérer toutes ces images. Du coup, je ne résiste pas à l’envie de vous conseiller un coucou lorrain  bien-de-chez-nous pour remplacer l’apple watch que votre beau-frère aura inscrit bien en tête de sa wish-list de Noël. Peu m’importe que cette horloge traditionnelle soit d’une élégance discutable (d’un goût pas très bourgeois quoi), je garde un souvenir ému du coucou de mon enfance rapporté d’un exil de quelques années en Lorraine. Succès assuré auprès de vos visiteurs.

Pour les 30 ans et +

Si vous aimez les textiles d’ameublement, vous connaissez forcément l’atmosphère bohème et luxueuse des boutiques Caravane. Parmi les bibelots exposés en prévision de Noël, j’aime beaucoup cette corbeille en forme de nid, disponibles en deux tailles distinctes (environ 70€ la plus petite, quand même) :

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Puisque nous y sommes, restons encore un peu dans la déco. Je vous recommande une virée à la Halle Georges Brassens qui abrite le marché du livre ancien et d’occasion qui jouxte le Parc du même nom, dans le fin fond du XVeme arrondissement de Paris, pour dégoter toutes sortes de perles livresques (de la bd pas chère aux premiers tirages qui valent bonbon, des livres vraiment anciens, des poches d’occaz à 50 cents, des stands de vieilles affiche etcs). Il y en a pour tous les goûts et toutes les bourses.  Vous pourrez notamment y trouver des estampes d’oiseaux tirées d’ouvrages d' »histoire naturelle » ou découpées d’encyclopédies ornithologiques réimprimées au début du siècle, dans l’esprit de celles d’Orbigny, de Martinet ou de Buffon. Reste à les glisser dans un cadre tout simple leroy-merlin / ikea / muji. Quelques exemples :

 

Pour une maison avec jardin ou un appartement avec balcon, le site de la boutique de la LPO est merveilleux . Il propose un nombre incroyable d’abris,  de mangeoires, d’abreuvoirs, de niches à oiseaux. En plus c’est charitable pour les mésanges, les rougegorge, les moineaux (vous pouvez choisir le type d’oiseaux que vous voulez aider. Il va sans dire, que le pigeon ne figure pas dans la liste, la compassion a ses limites):

Pourquoi n’offririez-vous pas à vos parents (ou à vous-même) un weekend dans la baie de Somme, pour passer une journée au Parc du Marquenterre à regarder les oiseaux? J’y ai eu le droit en virée surprise, j’ai kiffé. Le parc du Marquenterre est réputé pour ce type de sortie ornithologique mais vous pouvez aussi piocher d’autres idées d’escapades dans  Le Guide du Routard des meilleurs sites pour observer les oiseaux en France coédité avec la LPO. Pour en profiter avec des yeux avisés, je vous recommande l’un des guides suivants édités par Delachaux ou Heinzel :

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Last but not least, des bouquins à lire au coin du feu ou sous sa couette. Malheureusement, je ne peux pas vous en dire grand chose à l’heure où j’écris.  J’ai commencé hier seulement Le vol de la mésange, un recueil de nouvelles de François Maspéro (1932-2015), un écrivain que j’admire beaucoup, notamment en raison de ses multiples engagements. Pour en savoir plus sur l’homme, cet article ou celui-ci.

Pas lu Le Pigeon, un court roman de Patrick Süskind (le Parfum, ça vous dit bien quelque chose, non?) qui raconte l’histoire d’un mec seul, un peu névrosé et à la vie bien rangée mais dont l’équilibre commence à vaciller le jour où il tombe nez-à-nez avec un pigeon. Si, comme moi, vous êtes phobiques des pigeons (parce que c’est sale, que ça chie partout, que ça pue, que c’est grégaire, que ça bousille vos plantations de balcon, que ce n’est pas foutu de faire la différence entre vos cheveux et un bout de pain…), c’est peut-être le moment d’entamer une thérapie par le livre.

 

Je crois que nous avons fait le tour mes bouvreuils. Je termine sur deux suggestions pour les plus Franciliens d’entre vous :

L’exposition « L’Intérieur de la Nuit » du photographe George Shiras au Musée de la Chasse et de la Nature, Paris.  Je compte bien la voir avant qu’elle ne finisse (le 14 février 2016) et en profiter pour faire une énième visite au musée même, qui est vraiment sympa à découvrir. même si vous n’aimez pas la chasse.

DIGITAL IMAGING BY NICOLE ELLIOTTNATIONAL GEOGRAPHIC SOCIETY WASHINGTON, DC

DIGITAL IMAGING BY NICOLE ELLIOTT NATIONAL GEOGRAPHIC SOCIETY WASHINGTON, DC

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Comme je suis une grosse flemmasse, voici un copié-collé de la présentation de l’exposition : « Pionnier de la wild life photography, Shiras est aussi le premier à révéler par ses photographies au flash la vie nocturne des animaux sauvages, puis à installer des pièges photographiques, obtenant des images inédites des nombreux animaux peuplant les forêts d’Amérique du Nord. Détournant des techniques propres à la chasse, sa pratique singulière s’inscrit dans une époque marquée par le développement d’une conscience environnementaliste. Salué en son temps pour la valeur scientifique et esthétique de ses photographies, ainsi que pour ses nombreux reportages illustrés, George Shiras est pourtant resté largement méconnu du public après sa disparition en 1942. L’exposition est l’occasion de découvrir cet auteur grâce à une cinquantaine de tirages issus des collections de la National Geographic Society et du DeVos Art Museum de Marquette.

Si vous voulez vous délester de vos mômes, vous pouvez les lâcher dans l’atelier imaginée par l’artiste Emilie Faïf, sobrement intitulé « Les Oiseaux », aux Docks / Cité de la Mode et du Design, Paris. Toutes les infos sont .

Bon courage et joyeuses fêtes quand même!!

Ceci n’est pas un tumblr

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Espèces d'espaces / Non classé

Le nouveau venu sur ces pages remarquera qu’il y manque un « à propos » qui pourrait enrober d’un voile de cohérence mes divagations bloguesques. Peut-être passera-t-il son chemin dans la foulée, ça serait dommage mais mérité. C’est moins par paresse que par indécision que je ne me suis pas encore résolue à écrire ce foutu texte.  Comme je l’évoquais dans le tout premier billet (celui où j’essaie tant bien que mal d’expliquer pourquoi je débarque en ces lieux), j’ai longtemps couvé un projet de blog bien plus carré et plus identifiable quant à son contenu que celui-ci. On s’en fiche un peu de savoir ce que je voulais faire parce que je ne l’ai pas fait et que, sans doute, je ne le ferai pas. Tout ça pour dire que le jour où, bille en tête, je me suis jetée à l’eau, bizarrement, j’ai lâché ma première idée, celle qui mûrissait depuis un moment. J’y suis donc allée à l’instinct, je n’ai pas vraiment cogité à la tenue qu’allait avoir ce blog, à son contenu encore moins.

Du contenu, parlons-en justement. Si les idées de billets se présentent en fonction de l’humeur du jour, le fil rouge qui les relie les unes aux autres est si ténu qu’il en devient invisible. Prenons l’exemple suivant: j’avais prévu de vous faire part de quelques laborieuses réflexions sur la COP21, dans un raccord parfait avec l’actualité. Ce texte viendra mais entre-temps, il s’est fait doubler par le billet ici présent que j’ai choisi de consacrer à:

PAUL SCHNEIDER-ESLEBEN...

pse,-Signet,-Neonobjekt,-CSE.1980

Paul Schneider-Esleben aka PSE signe néon, 1980s.

Vous ne le connaissez pas ? Comment ça, vous ne connaissez pas Paul Schneider-Esleben?!!  C’est pas bien grave, en fait c’est tout à fait normal (en tout cas, s’il y a bien une chose dont je suis sûre, c’est que je sais dénicher des sujets hyper sexy).

Pour la faire bref, l’un des projets de cet architecte m’intéresse particulièrement (saurez-vous deviner duquel il s’agit ?). J’étais donc en train de plancher dessus ce matin lorsque, en faisant une petite pause « google images », je suis entrée dans une frénésie telle, que j’ai pensé qu’il fallait absolument que je partage quelques images de ses réalisations avec vous.

Il y a six mois encore, trouver des images des constructions de PSE, son petit sobriquet, relevait de la gageure.  Architecte allemand, Paul Schneider-Esleben (1915-2005) a connu le succès pour ses bâtiments de la fin des années 1950-milieu des années 1960, principalement construits en Allemagne de l’Ouest et à Düsseldorf, avant de tomber dans un oubli quasi-total.  Or, cet été, à l’occasion du centième anniversaire de sa naissance, une exposition rétrospective a été organisée en Allemagne, à Munich puis à Düsseldorf, bien relayée par les médias. Depuis, les photographies d’époque en noir et blanc fleurissent sur le web pour mon plus grand plaisir. J’en ai glanées quelques unes d’un tumblr à l’autre, que je vous présente à mon tour, du moins si vous n’avez pas encore fui.

Flughafen-Koeln-Bonn1970_Koeln-Bonn-Airport

Paul Schneider-Esleben, Aéroport Konrad Adenauer, entre Cologne et Bonn, 1962-1971

A la vue de ce m-a-g-n-i-f-i-q-u-e aéroport semi-fortifié sorti de nulle part sur sa dalle de béton, auquel se greffent deux terminaux étoilés dans une ambiance « star wars » tout à fait dans le goût l’époque, aéroport desservi par un imposant réseau routier parfaitement tracé, je vous devine ébaubis par tant de majesté. A moins que vous ne vous gaussiez de mes contradictions. Ben oui, un jour j’ai envie de vous parler d’écologie, de climat, d’anthropocène, de champs de trèfles et de serpolets ; le lendemain je me pâme d’admiration devant une architecture prédatrice de son environnement, toute en béton et en brutalité, moins HQE (haute qualité environnementale) tu meurs.

Et bien, des contradictions comme celle-là, figurez-vous que j’en ai plein les valises.

Jean Renaudie Ivry sur Seine

Jean Renaudie et Renée Gailhoustet, le Centre Jeanne-Hachette d’Ivry-sur-Seine, 1969-1975

Je ne voudrais pas aggraver mon cas mais il s’avère qu’en vraie snobinarde, j’aime beaucoup l’architecture brutaliste. Comme vous vous en doutez, ce n’est pas l’architecture la plus consensuelle qui soit. Elle n’a pas souvent récolté les suffrages de ceux-là même qui l’habitaient. Puisqu’il va sans dire que je n’y ai jamais vécu, je suis d’emblée exemptée de toute objectivité. (Si raté il y a, celui-ci relève plus, à mon sens, de politiques urbaines défaillantes et de négligence dans l’entretien de ces bâtiments, même s’ils bénéficient aujourd’hui d’un regain d’intérêt et de mesures de protection du patrimoine).

En fait, pour tout vous avouer, mon rêve serait de passer un long weekend à la Grande Motteblog-grande-motte-894

Back to Germany.

Schneider-Esleben a oeuvré pour les grands cartels de l’industrie minière de la Ruhr ainsi que pour des banques, ce qui ne manquera pas de vous le rendre encore plus sympathique. L’architecture qu’il produit est typiquement moderniste par ses volumes et par sa conception : elle clame son efficacité, sa rationalité, sa fonctionnalité, sa haute technicité, dans la lignée de la tradition moderne d’un Mies Van der Rohe, par exemple. A l’époque, cette architecture rencontre le soutien de grands groupes industriels soucieux d’affirmer haut et fort les valeurs de leur entreprise et de se racheter une légitimité en développant une communication tournée vers l’innovation (comme vous le savez peut-être, le personnel des administrations et des grands groupes en Allemagne est resté quasi inchangé après la deuxième guerre mondiale malgré sa compromission avec le régime nazi).

Commençons d’abord par l’un des premiers bâtiments publics de PSE, le Garage Haniel qu’il réalise à Düsseldorf entre 1951 et 1953 et qui  a largement contribué à sa renommée naissante. Un parking associé à un motel, c’est alors le nec-plus-ultra alors dans l’Allemagne dite du « miracle économique », qui sort enfin du marasmes des années noires.

 

Avec la Tour Mannesmann, 1954-1958, à Düsseldorf toujours, Paul Schneider-Esleben est l’auteur du premier gratte-ciel (une petite vingtaine d’étages) d’Allemagne réalisé avec ue ossature en acier-béton (en acier Mannesmann) et une façade de verre :

 

Je fais comme ci vous étiez toujours là, on sait jamais dès fois qu’y aurait des amateurs. Et voici la Rolanschule!! Düsseldorf toujours, 1957-1961. Pour le lectorat non germanophone, il s’agit d’une école primaire :

PSE, RolandSchule_1

Avec des oeuvres d’art dedans, s’il-vous-plaît :

PSE a aussi réalisé le siège social de la Kommerzbank (1959-1962), à Düsseldorf encore et toujours :

 

Les bureaux de la Caisse d’épargne à Wuppertal (1969-1973) :

PSE, Caisse d'épargne Wuppertal, 1969-1973_1

Quelques habitations (le complexe immobilier ARAG du nom du groupe d’assurances allemand), à Düsseldorf, 1963-1967…. mais détruites dans les années 1990 :

Ou  bien la Maison Zindler, 1965-1966, dont les murs sont aujourd’hui recouverts de lierre et de glycine :

Sans compter l’immeuble à terrasses de la Tersteegentrasse, n°61-63, Düsseldorf:

PSE, Terrasse, Tersteegenstrasse 61-63, Düsseldorf1

Des bâtiments religieux, qu’il s’agisse de la Rochuskirche, Düsseldorf (1954-1955) ou de bâtiments d’études pour les jésuites de Nymphenburg (1961-1965) :

 

Et enfin, le fameux aéroport Konrad Adenauer de Cologne-Bonn, 1962-1971 :

En prime, parce que c’est bientôt Noël, des bijoux, dont cette jolie broche qui me fait de l’oeil :

 

On ne va pas se mentir, cher lecteur, certains bâtiments n’ont pas bien vieilli. Aussi préfère-je rester sur ces images lumineuses d’une époque où la croissance n’était que promesse de paix & bonheur :

Bungalow Bill 1965

Photo: Josef Heinrich Darchinger, Nordweststadt Frankfurt am Main, 01.07.1965.

Pour conclure, saviez-vous que le groupe de musique Kraftwerk avait été fondé par Florian Schneider-Esleben (oui oui, le fils de son père) et Rolf Hütter à Düsseldorf, en 1970? J’ai pas fait psycho, mais ça sent à plein nez la révolte générationnelle contre papa et sa clientèle de nababs.

Bon weekend!

Deux semaines après

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Moi Je

J’avoue, je comptais m’éclipser discrètement, deux semaines à peine après avoir créé ce blog. Filer à l’anglaise en pariant sur le fait que personne ne le remarquerait vu que je n’existe pas sur la googlosphère, faute de m’être plongée dans les arcanes du SEO (= les méthodes d’optimisation pour les moteurs de recherche).

J’espérais que vous soyez suffisamment occupés à vous empoigner sur d’autres pages et en d’autres lieux à défendre votre vision de l’après 13 novembre contre le flot de paroles  nauséabondes. En écrivant cela, je pense surtout à ceux qui se sont emparés de l’occasion (presque une aubaine si je me mets à leur place) pour avancer leurs pions et administrer leurs arguments délétères, l’air de ne pas y toucher.

J’espérais donc que vous ayez d’autres chats à fouetter mais c’était sans compter l’aimable rappel à l’ordre de ce cher « ouais ». Pour les autres qui ont continué à visiter cette page, peut-être en vous interrogeant sur les raisons de ce silence, je voulais aussi dire que je vais bien (si vous guettiez un énième témoignage poignant sur le mode « j’y étais », c’est râpé). Non, je n’y étais pas. Je n’ai perdu personne de cher non plus même si autour de moi, dans le cercle des « amis d’amis », plusieurs  ont été frappés par la perte de proches (on est rarement seul quand on sort).

Et pourtant.

J’ai été affectée par les attentats du 13 novembre, pâle euphémisme.  Quand j’étais encore dans un état de complète sidération, j’ai écrit un long billet, pas si confus d’ailleurs à la relecture,  mais je me suis ravisée au moment de le balancer. Pas envie de rajouter mes mots au flot de paroles ; peur aussi de vos éventuels commentaires.

Je n’étonnerais personne en disant que j’ai ressenti de la haine et un désir de vengeance. J’ai été sensible aux arguments d’un Guantanamo à la française, attentive à l’idée d’une « bonne » bombe atomique lâchée sur ce pseudo Etat islamique, histoire d’en finir une fois pour toute (c’était au soir du 13 novembre, alors que j’étais retranchée avec des amis, que tout cafouillait dans nos têtes, que nous étions suspendus au direct d’i-télé diffusé depuis un smartphone). Ca n’allait pas mieux après, mais rien que d’y penser, c’était, j’imagine, comme de boxer dans un mur. Une bonne décharge.

Ca faisait longtemps que je n’avais pas éprouvé cette rage. Lorsqu’elle monte, ce n’est pas un sentiment dévastateur mais plutôt un flux de chaleur qui  me donne l’impression d’être indestructible. Avec les années, j’ai appris à canaliser cette colère qui me rend autre. Mais durant ces journées-là, je l’ai à nouveau éprouvée par bouffées, avec une intensité encore augmentée par la culpabilité de céder le terrain, dans le champ des émotions, à ces petites frappes de terroristes.

Pour refréner mes ardeurs, je me suis raccrochée comme à un mantra à la thèse de la « stratégie du choc » (Naomi Klein), en référence aux mesures politiques qui sont  prises sans que la population concernée ne s’y oppose, alors même qu’elle les aurait débattues ou refusées si elle avait été dans un contexte « normal », non traumatique. Je tends l’oreille à ceux qui nous disent que pour lutter contre le terrorisme, il faut accepter de rogner sur nos libertés individuelles. Pour le moment, même si je suis bien désolée pour ceux qui voulaient faire entendre leurs voix dissonantes lors de la COP21 (mais pas si mécontente que la mascarade de la « marche pour le climat », soit annulée), j’assiste, impuissante, à la crispation sécuritaire de ma conscience, quand ma pensée, elle, demeure en berne.(Edit du 1er décembre : au vu du nombre d’abus dans les perquisitions administratives et même des interdictions de manifester, je commence enfin à me réveiller sur la véritable nature de ces mesures de l’Etat d’urgence).

J’en arrive au fait : pourquoi j’ai voulu quitter internet (lâcher « aperceptions », quoi.).

Très clairement, comme après Charlie, j’ai ressenti un trop-plein, un écoeurement devant tant d’effusion lacrymale sur les réseaux sociaux. Et encore, n’étant pas sur facebook & co, j’ai été préservée (je n’ai donc pas eu à m’interroger sur l’opportunité, ou non, de  draper de bleu-blanc-rouge mon profil). N’ayant pas davantage la télé, j’ai esquivé le stress des sites d’information en continu.  Enfin, j’ai refusé de regarder des vidéos des événements comme de lire des témoignages des rescapés.

J’ai été révulsée par tant d’obscénité.

Sans aller jusqu’à écrire que la mise en scène sordide du meurtre par les uns (heureusement, il semblerait que la Go-pro soit passée de mode chez les terroristes) n’est que l’envers du cadrage 2.0. de l’émotion sensationnaliste par les autres, sans être entièrement convaincue que l’attraction morbide pour la propagande de Daech repose sur des ressorts analogues à la flambée d’émotions artificiellement nourries par les médias, je n’ai pu m’empêcher de soupçonner que les deux phénomènes avaient partie liée.

Pudeur ou intolérance ? Il est vrai que chacun réagit à sa manière. En pareilles circonstances il semble qu’il n’y avait pas d’autre alternative à la sidération muette que l’expression du chagrin médiatisée par les réseaux sociaux. Comme s’il fallait forcément un témoin à l’autre bout du fil pour prendre acte de sa souffrance. Certains ont expliqué le rôle cathartique de la mise en spectacle du chagrin, soit.

Bref, les attentats du 13 novembre, ça a été une énorme gifle, de la colère, de la tristesse, de la peur, de l’hébétement. D’autres ont parlé de « gueule de bois ». C’est exactement ce que j’ai ressenti. Une gueule de bois et un brutal retour au réel.

Certes, je ne sais pas bien où placer la frontière entre réel et virtuel mais tout à coup, mon enthousiasme pour ce blog, mon entrain à aller commenter ceux des autres, a été bien refroidi (le fait de lire plein de niaiseries ou de saloperies ailleurs sur le web, jusque sur les sites de certains « grands » quotidiens, n’a certainement pas aidé). Tout cela m’a semblé vain.

Le virtuel, après tout, c’est peut-être aussi la pensée.

Avant le 13 novembre, je réfléchissais plus ou moins mollement à la question de la violence, une question qui me travaille, que je ne sais pas bien comment aborder. Parce que la gestion de ma propre violence a nécessité un travail sur moi afin d’apprendre à l’apprivoiser, depuis je verse « naturellement » du côté de la non-violence. J’ai donc été particulièrement intéressée lorsque je suis tombée, plus ou moins par hasard et en un laps de temps restreint, sur divers auteurs qui traitaient de la violence en politique de manière plus nuancée (pêle mêle : la pièce ça ira (1), fin de louis de Joël Pommerat aux Amandiers à Nanterre ; l’excellent et bouleversant documentaire Une jeunesse allemande ; l’article de François Cusset sur « les nouvelles logiques de la révolte » dans la revue du Crieur ; A nos amis, le livre manifeste du Comité Invisible). J’étais donc en pleine fermentation intellectuelle, à reconsidérer mon hostilité viscérale à toute forme de violence, lorsque le pire est arrivé.

Dans les jours qui ont suivi les attentats, je me suis sentie terriblement coupable. Honteuse et coupable. Comme si d’avoir considéré l’éventualité de la violence illégitime dans certaines circonstances m’avait indirectement rendue complice des faits. Le retour au réel, ça a aussi été ça, ce malaise de la pensée. Je me répétais : « arrête de couper les cheveux en quatre, il y a le bien et le mal, ce qui est accepté par la loi et ce qui doit être puni par la justice».

Heureusement, dans le numéro de l’hebdomadaire du « 1 » qui a suivi les attentats – journal dont je vous recommande la lecture – , la contribution de l’historienne Sophie Wahnich titrée le « terrorisme, les replis de l’histoire » revient sur l’évolution de la notion de « terrorisme » depuis l’après-1789. Cet article, ne serait-ce parce qu’il était publié dans un hebdo comme le « 1 », m’a aidée à me défaire de ma culpabilité, à accepter que cette problématique mérite d’être débattue même dans ce nouveau contexte.

Je crains donc de continuer à être irrégulière sur ce blog, maintenant vous savez pourquoi.

Sur ce, je file parce que vous m’avez mis bien en retard et que nous sommes samedi soir #parisestunefête

La beauté (1)_Les paysages de Pascal Cribier

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Espèces d'espaces

pascal-cribier-jardin-original-varengeville

Je m’apprêtais à vous parler d’une pièce de théâtre formidable – ca ira (1). fin de louis de Joël Pommerat, qui se joue actuellement au Théâtre des Amandiers de Nanterre, j’y reviendrai – quand en jetant un oeil distrait sur le site du Monde j’ai appris que Pascal Cribier était mort.

Pascal Cribier était et demeurera un immense jardinier (ou paysagiste, peu importe).

Ayant des notions de jardinage quasi nulles, je ne suis absolument pas qualifiée pour en parler alors je me contenterai d’évoquer quelques souvenirs. Et je serai brève.

Je me souviens de l’intervention de Pascal Cribier dans un amphithéâtre d’une école parisienne où j’ai étudié quelques années. J’aimerais mettre la main sur les notes que j’ai prises alors, retrouver ses mots et j’ai beau fouiller dans ma mémoire, peu de choses me reviennent, quand les images, elles, restent gravées. Je me souviens de notre enthousiasme en sortant, de la difficulté à exprimer ce qui nous avait touché, de parler de la beauté qui nous avait été révélée. Ce n’est que le deuxième billet de ce blog et je me rends compte que je suis, encore, sur le terrain glissant de l’émotion.

Ce soir, je prends conscience que si aujourd’hui j’avance masquée, sous le doux pseudonyme d’Aubépine, c’est à cette « rencontre » que je dois cette « prise de nom ». Quand cet été j’ai songé à commencer ce blog, dans le « à propos » que j’avais esquissé, je revenais sur ce pseudonyme (j’essaie une fois de plus de retrouver mes notes de juillet mais je n’ai aucun souvenir du carnet dans lequel je les ai griffonnées). Je disais de l’aubépine que j’en aimais la floraison blanche, épineuse et généreuse, des printemps épanouis. Ses massifs sauvages qui buissonnent sur les sentiers.  Que j’aurais aimé savoir écrire les arbres, les fleurs, les oiseaux, mais que j’étais incapable de dépecer tant de mystère. Que faute de mieux, j’en étais limitée à parler de ce qui m’animait au quotidien, des choses lues, vues, entendues. La description n’est pas mon fort. J’ai beau faire l’effort d’apprendre le langage du botaniste, la nature m’émerveille mais me rend muette (j’avais Proust comme béquille parce qu’il  a consacré des pages magnifiques à l’aubépine, je les ai consignées dans ce même carnet que je ne retrouve pas).

Après certaines rencontres, on n’est plus tout à fait le même. Pascal Cribier a été un de ces « passeurs » vers la beauté du monde (tellement je suis intrépide que je prends le risque de l’expression connoté « grosse cruche ». Je l’assume pourtant.)

Pascal-Cribier-jardin-normandie-brume

Comme souvent, il faut du temps pour que la rencontre fasse son effet.

Pas tant de temps que ça d’ailleurs. Me délester de l’idée que les jardins étaient le pré carré de mes tantes et cousines de province a été chose aisée. L’été suivant, j’ai commencé à interroger mes parents sur ces paysages, si longtemps restés sans nom à force de les arpenter. Je voulais tout connaître des arbres, j’ai fait mes herbiers. Je leur ai demandé de m’emmener au Donjon de Vez, ce jardin de Pascal Cribier de la Vallée de l’Automne, où l’art contemporain fraie avec la « nature ».

cribier-iris-donjon-de-vez

La vallée de l’Automne (non pas de la saison, mais de la rivière qui y coule) est dans l’Oise, en bordure de l’Aisne, à moins d’une heure de route de Paris.  Dans un autre billet peut-être, je reviendrai sur ces lieux de l’enfance (pas le donjon mais les plaines et les plateaux du Soissonnais). Année après année, au fil des saisons, je suis retournée au Donjon de Vez pour parcourir le jardin créé par Pascal Cribier.

D’un jardin à l’autre, infidèle à Cribier, j’ai découvert des sites et des hôtes incroyables (je pense notamment à cet exquis monsieur, ancien danseur de la compagnie de Merce Cunningham, auteur , entre autres, des jardins du Palais Royal, mes préférés à Paris, dont la retraite en banlieue parisienne est un « havre de paix »).

Cribier-montana-ranch-cense-dillon  Si vous avez 65€ à dépenser ou une bonne bibliothèque de quartier et que vous êtes un peu frustrés par les rares visuels qui circulent sur internet, je vous recommande ce livre, que j’ai souvent feuilleté à défaut de l’avoir acheté. D’ailleurs, si vous êtes Parisiens, n’hésitez pas à faire un détour par la « librairie des jardins » à l’entrée des Tuileries (redessinées par Cribier et Louis Benech, en harmonie avec les perspectives de Le Nôtre), côté Concorde. En flânant entre ses rayonnages, je note à chaque passage les endroits que j’aimerais découvrir.

Ce soir, dans ce court billet impromptu, j’avais simplement envie d’évoquer ce visage entraperçu il y a bientôt dix ans. Cribier a dégagé un horizon que je ne soupçonnais qu’à peine et que, grâce à lui, j’explore pas à pas.

Pour une raison que j’ignore (par quel biais? comment?), vous êtes plusieurs à être passés par ici depuis quelques jours (et même avant). Je ne sais rien de vous, sauf que vous venez de France, bien sûr, mais aussi du Brésil, du Danemark (à moins que vous ne soyez des robots géolocalisés).

N’hésitez pas à parler de vos paysages d’ici ou d’ailleurs.

C’est l’histoire d’une fille…

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Moi Je

Goethe à Eckermann, 30 mars 1837 :« Un fait de notre vie ne vaut pas dans la mesure où il est vrai, mais dans la mesure où il a quelque chose à signifier »

Hannah Arendt :« Les hommes qui ne pensent pas sont comme des somnambules »

Emmanuel Lévinas :« L’identité de l’individu ne consiste pas à se laisser identifier du dehors par l’index qui le désigne ».

(sans prétention aucune 😉


C’est l’histoire d’une fille qui, un beau jour ou presque, s’est réveillée d’un long sommeil.

Plutôt jolie, sensible à son apparence et au regard que les autres peuvent lui porter, la tête pas trop mal faite, jouant le jeu de l’intégration sociale à tous points de vue, un peu emmerdée par sa soif de consommer alors qu’elle aspire quand même à moins de superficialité et à plus d’éthique, c’est une jeune femme qui s’émeut devant les inégalités et la misère du monde, qui défend ses valeurs, s’insurge contre le désastre écologique,  descend parfois dans la rue pour protester mais s’accommode pour le reste d’un bulletin déposé dans les urnes à chaque échéance électorale. Cette jeune femme, parisienne et à l’orée de la trentaine, ce cliché, c’est moi. C’était moi, avant.

Je ne le ressentais pas comme ça, bien sûr, parce que j’essayais de batailler contre mon côté minette pour mieux développer ma face intello, que j’espérais ne pas être trop dupe de moi-même en déployant mes antennes critiques.

Dans les différents milieux que je traverse, parmi mes groupes d’amis très hétérogènes, je me suis toujours sentie un peu en porte-à-faux. Pas assez insouciante, geek, branchée, fun, droguée dans les milieux qui gravitent autour des médias (boîtes de prod, publicité, DA, graphistes), parfois même trop prise de tête (« arrête de réfléchir ! » _ LOL)  ; pas suffisamment dans l’ascétisme intellectuel auprès de mes amis universitaires (combien de fois vous ai-je entendu vous vanter de ne pas avoir pris de vacances depuis trois ans ? quid de l’ébriété ? pourquoi me regardez-vous comme une extra-terrestre parce qu’il m’arrive encore d’aller danser en « boîte-de-nuit » ?!) ; intello et branchée pour le troisième tiers, vous mes amis les cadres supérieurs qui, depuis quelques années que vous êtes installés et CDIsés, mettez enfin à réalisation vos rêves d’adulte dans le triplé achat d’appartement-enfant-vacances au soleil. Je vous aime comme vous êtes, je vous écoute, je vous soutiens dans vos projets. J’essaie aussi de faire face à votre incompréhension grandissante par rapport à celle que je deviens.

Bref, je naviguais à vue.

Un beau jour ou presque, parce que mes rouages internes se sont grippés, je me suis réveillée de ma torpeur : j’avais persévéré vaille que vaille dans l’idée de ce que devait être l’entrée dans l’âge adulte, mais je n’y arrivais plus. Je ne comprenais pas comment j’avais été si longtemps somnambule.

En l’espace d’une année, en lisant, en discutant, en observant, j’ai commencé à découvrir qu’une autre façon d’être au monde était possible. Et à ne plus avoir peur de m’engager dans cet inconnu. Maintenant, je sais que je ne suis plus tout à fait seule. J’essaie de rester ouverte à ce qui arrive même si je n’arrive pas toujours à relier les choses entre elles, que je me sens souvent écartelée entre des aspirations contradictoires.

Le blog que je commence aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celui que j’avais imaginé avant l’été. Je l’inaugure, sur un coup de tête, comme souvent, parce que je me doute bien que, au fond, les questionnements qui m’animent (au premier rang desquels : qu’est-ce qu’une vie bonne ?) sont partagés par d’autres que moi. S’il m’est parfois difficile d’en discuter avec certains proches, j’espère qu’ici, dans cet espace un peu étrange du virtuel, vous serez là pour me répondre, partager vos réflexions ou vos humeurs, et vos conseils de navigation.

Pour une inconditionnelle de Desproges, ce premier post est bien sérieux, peut-être même nostalgique de tant d’années d’insouciance, c’est l’humeur du jour qui le veut.

Merci à Renardeau et à Géraldine Dormoy, pourtant si radicalement différents l’un(e) de l’autre, de m’avoir donné envie de me lancer dans l’aventure ! Ce post vous est dédié.